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Moyen Orient et Monde - Le Billet

La pluie du chat

C'était en octobre dernier, ou en novembre. Le ciel était bleu. Bleu comme la veille, l'avant-veille et les jours d'avant. Bleu comme le lendemain et les jours d'après. Bleu comme un veto à la paresse, une négation de la grasse matinée sous la couette. Bleu comme l'impossibilité d'une fondue rincée par un vin de Savoie, d'un bourguignon relevé d'un Côte de Beaune, d'une Tatin respirant les effluves d'un thé fumé. Un bleu affligeant.
Ce jour-là, en désespoir de gris, nous fermions les fenêtres, branchions l'ordinateur à l'ampli, surfions sur Internet, opérions un petit download et, une demi-heure durant, passions, en boucle, le bruit de la pluie. Une pluie fine de celles dont Jean Rouaud dirait qu'elle « accompagne la marée montante », une pluie en forme « d'hommage à l'ennui ». Une demi-heure de bonheur virtuellement mouillé volé au bleu.
Deux mois plus tard, il pleuvait vraiment et l'eau envahissait le salon.
Petite inondation donc, mais en forme de mare aux canards comparée aux déluges qui, ces derniers mois, ont meurtri entre autres la Chine, le Pakistan, et aujourd'hui l'Australie. Car ces derniers temps, la pluie semble perdre la boule. Noyant certains lieux, en désertant d'autres, s'invitant là où elle n'était pas attendue, se faisant attendre là où l'on danse et prie pour elle. Une pluie qui, par sa présence ou son absence, en impose aux hommes, des plus faibles aux plus puissants, puisqu'elle contraint le ministre russe de l'Énergie, Sergueï Chmatko, à passer le Nouvel An avec des sans-électricité. Une suggestion - en forme de punition - de Vladimir Poutine, devant l'incapacité de son ministre à rétablir le jus dans des milliers de foyers russes après la rupture de pylônes électriques sous le poids de la glace due à des pluies aussi torrentielles qu'exceptionnelles. Une panne inacceptable pour un Poutine bien décidé à, de nouveau, garer ses charentaises au Kremlin.
Et puis il y a les hommes qui ont décidé de prendre les choses en main et de faire tomber des perles de pluie dans des pays où il ne pleut pas. En la matière, la tentation et les tentatives ne datent pas d'hier, certes. Mais les résultats des expériences menées en ce sens jusqu'à présent étaient au mieux décevants, au pire totalement foireux. Jusqu'à cet été.
Dans le plus grand secret, éventé par le Sunday Times, des ingénieurs suisses financés par le président des Émirats unis auraient réussi à déclencher plus de cinquante pluies artificielles, en plein été, dans la région al-Aïn à Abou Dhabi (température moyenne en juin 37 ° C).
Les ingrédients de la recette suisse : un parasol métallique d'une dizaine de mètres de haut envoyant des ions négatifs dans l'air. Les ions, ayant la capacité d'agréger les poussières, deviennent un support idéal à la condensation de l'eau naturellement contenue dans l'air.
Méthode : en balançant des milliards d'ions vers le ciel, l'on obtiendrait un nuage. Puis la pluie.
S'agit-il d'une bruine, d'un crachin, d'un grain de traîne ou d'une pluie de noroît ? Les fuites ne le disent pas et le mystère reste entier.
Entier mais pas aussi épais que celui qui entoure un autre type de pluie marquant ce début d'année : la pluie d'oiseaux morts.
Au matin du 1er janvier, les habitants de la commune de Beebe, en Arkansas, découvraient avec stupeur leurs routes jonchées de quelque 5 000 carouges à épaulettes, petit oiseau noir aux ailes tachées de rouge. Trois jours plus tard, le phénomène se répétait à Pointe-coupée, en Louisiane. Enfin, dans la nuit de mardi à mercredi dernier, 50 à 100 oiseaux étaient retrouvés morts ou mourants à l'entrée de Falköping, bourgade du sud-ouest de la Suède.
Face à ces pluies d'oiseaux morts, les scientifiques se grattent la tête, autopsient et suggèrent prudemment (bang supersonique ou feux d'artifice ayant terrifié les volatiles, tempête les collant violemment au sol...), pendant que les apôtres de l'apocalypse confirment la fin du monde prévue en 2012 par Hollywood.
Entre les deux, les amuseurs s'amusent, à l'instar de cet Américain qui suggère, en gros : « C'est peut-être que les rêves des chats sont en train de se réaliser. Ce qui me terrifie car cela signifie que nous sommes condamnés à passer le reste de notre vie à agiter un bout de ficelle ! » Tant que les rêveurs planent...
C'était en octobre dernier, ou en novembre. Le ciel était bleu. Bleu comme la veille, l'avant-veille et les jours d'avant. Bleu comme le lendemain et les jours d'après. Bleu comme un veto à la paresse, une négation de la grasse matinée sous la couette. Bleu comme l'impossibilité d'une fondue rincée par un vin de Savoie, d'un bourguignon relevé d'un Côte de Beaune, d'une Tatin respirant les effluves d'un thé fumé. Un bleu affligeant.Ce jour-là, en désespoir de gris, nous fermions les fenêtres, branchions l'ordinateur à l'ampli, surfions sur Internet, opérions un petit download et, une demi-heure durant, passions, en boucle, le bruit de la pluie. Une pluie fine de celles dont Jean Rouaud dirait qu'elle « accompagne la marée montante », une pluie en forme « d'hommage à l'ennui ». Une demi-heure de bonheur...
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