La mesure de renvoi semblait sans effet immédiat. À la chancellerie canadienne, on a indiqué que l'ambassadrice Marie-Isabelle Massip resterait en Côte d'Ivoire et que les affaires suivaient leur cours. L'ambassadeur britannique Nicholas James Westcott, basé à Accra, se trouvait au Ghana hier, selon une source diplomatique. M. Gbagbo a réclamé aussi ces dernières semaines le départ de la mission de l'ONU en Côte d'Ivoire (Onuci, 9 500 soldats), qu'il accuse d'être alliée militairement à M. Ouattara. Mais les Nations unies, qui ne le reconnaissent pas non plus, ont rejeté cette requête et souhaitent même déployer 1 000 à 2 000 Casques bleus supplémentaires. Un diplomate européen interrogé par l'AFP a estimé que la Chine, « intéressée » par l'Afrique, pourrait répondre favorablement à cette demande de renforts.
La communauté internationale reconnaît M. Ouattara comme le vainqueur de la présidentielle du 28 novembre, dont les résultats contestés ont plongé le pays dans une grave crise. Depuis mi-décembre, des violences ont fait 210 morts selon l'ONU, un bilan qui comprend 14 tués lors de troubles interethniques cette semaine à Duékoué (Ouest). Plus de 10 000 personnes ont été déplacées par ce conflit communautaire, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui, comme les Nations unies, n'établit pas de lien direct avec la crise politique.
Après une nouvelle médiation africaine infructueuse, le président sortant reste sous la menace d'une opération militaire de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Mais le Ghana voisin, qui avait déjà annoncé qu'il n'enverrait pas de troupes, a dit son refus de la force. Le président John Atta-Mills a expliqué croire davantage « à la diplomatie qu'à une intervention militaire pour résoudre les problèmes ». « La force légitime n'est pas exclue, mais nous allons tout faire pour convaincre le président Gbagbo de se démettre », a déclaré jeudi le ministre des Affaires étrangères nigérian Odein Ajumogobia. Pour lui, la question d'un usage de la force est « globale et pas seulement de la responsabilité du Nigeria, de la Cédéao et de l'Afrique, car des vies sont en jeu ». Toujours confiné à son QG du Golf hôtel d'Abidjan, soumis à un blocus des forces fidèles au régime, Alassane Ouattara, qui dit préférer aussi une solution pacifique, estime cependant qu'une « opération spéciale non violente » pourrait déloger Laurent Gbagbo si nécessaire. « Laurent Gbagbo partira avant la fin du mois de janvier », avait-il assuré jeudi en prédisant que ce dernier tomberait « comme un fruit, pas mûr, mais comme un fruit pourri ». Hier, il lui a toutefois proposé une amnistie pour partir, dans un entretien au quotidien français Le Figaro, mais le gouvernement Gbagbo a écarté toute offre de ce genre. Hier également, le porte-parole du gouvernement sierra-léonais a estimé que « le temps est compté » pour Laurent Gbagbo, tout en souhaitant une « transition douce » à Abidjan.
En outre, la crise ivoirienne était de nouveau au centre d'une réunion des ministres des Finances de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa), à Bamako, en présence de deux ministres de M. Ouattara. Les ministres de l'Uémoa avaient infligé un sérieux revers à M. Gbagbo en demandant fin décembre à la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) d'autoriser les représentants de M. Ouattara à gérer les comptes du pays. Toutefois, à l'issue de la réunion, le gouverneur de la BCEAO, l'Ivoirien Philippe-Henri Dacoury-Tabley, a annulé sa conférence de presse. « (...) Nous attendons les décisions des chefs de l'État. Le gouverneur ne peut pas s'exprimer avant que les chefs de l'État ne l'aient fait », a déclaré une source présente à Bamako.

