Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Erreur ! Il y a une multitude de grains de sable qui peuvent enrayer le système mis en place, constitués par le lourd contentieux de ce qu'il faut bien appeler une guerre civile mais aussi par des problèmes ethniques (tribus ennemies, coutumes différentes, etc), religieux (le Nord est musulman, le Sud chrétien ou animiste), ou encore par les brassages intervenus avec le temps et les animosités engendrées par le commerce d'esclaves largement pratiqué jusqu'à une date récente, sans parler du bilan des affrontements, de la famine et de l'exode (deux millions de victimes).
Chacun aujourd'hui feint d'avoir oublié l'interminable drame, l'omniprésence du nord dans la fonction officielle, les tentatives d'instaurer la charia, les exactions des terrible Janjawid, la lutte pour le pouvoir. Priorité, pour l'heure du moins, à un divorce en douceur. Rabih Abdel Lati, membre du National Congress Party : « Aucun signe de l'existence de problèmes entre nous, encore moins de prémices d'une nouvelle guerre à venir. » Le président Omar el-Béchir, en visite à Juba : « Personnellement, je serai triste en cas de division du pays. Mais je célébrerai votre décision, même si vous choisissez la sécession. » Le sénateur John Kerry, sur place depuis le week-end dernier et plus optimiste que jamais : « Je suis là pour encourager un référendum paisible et un accord plus large entre les deux parties. »
Les Nations unies ont prévu 58 millions de dollars pour financer les opérations de vote ; 4 millions de bulletins ont été distribués, sur lesquels figurent une main pour le oui à l'indépendance, deux mains pour le non. Un système de surveillance par satellite, mis au point avec le soutien de l'ONU, de la Harvard University, de l'Enough Project et de l'acteur George Clooney grâce à des dons de l'ordre de 750 000 dollars, suivra minute par minute le déroulement du vote. Le précédent de l'Érythrée représente un exemple imparfait certes mais dont il a été possible de tirer des leçons utiles pour le cas présent. Il n'en reste pas moins que les organisateurs auraient voulu disposer d'un temps plus long pour répartir les bureaux de vote, mobiliser la population, veiller à la sécurité. Après tout, une commission ad hoc a été mise sur pied à la fin du mois de juin seulement et son président n'a été nommé qu'au début de septembre. À Khartoum, on continue ouvertement à mener campagne contre la rupture et secrètement à miser sur les querelles intertribales pour faire échec au rêve de Salva Kir Mayardit, le leader sudiste.
Demain, il s'agira de négocier le partage des richesses, la délimitation des frontières, le sort des personnes déplacées et celui des Sudistes ayant choisi de rester au nord. À Juba, il faudra s'atteler à la tâche titanesque qui consiste à préparer l'avenir du 193e État appelé à venir au monde ; ici et là, on sera confronté à la nouvelle réalité sortie des urnes ; le Soudan n'est déjà plus, avec ses 2 505 813 kilomètres carrés et ses 44 millions d'habitants, le plus vaste pays d'Afrique. Et encore, comment repenser l'économie quand sonnera l'heure de l'exploitation de cet autre filon qu'est le gaz ? Dans une semaine, tout le monde se réveillera avec une sacrée gueule de bois. Et avec, sur les bras, un himalaya de soucis pour lesquels il n'existe pas encore de solutions toutes prêtes.
À Khartoum, un homme se réjouit de tout ce tintamarre autour d'un vote pas comme les autres. C'est le chef de l'État, recherché par un tribunal international pour le génocide commis au Darfour et qui pourrait, après défié la communauté internationale, apparaître comme le grand vainqueur du divorce à l'amiable. Audaces fortuna juvat, disait déjà Virgile...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef