Plusieurs opposants ont manifesté samedi devant le Parlement yéménite après le vote sur la réforme constitutionnelle controversée. Khaled Abdullah/Reuters
La révision constitutionnelle envisage aussi l'instauration d'un Parlement bicaméral et l'octroi d'un quota de femmes au Parlement.
Dans un communiqué, l'opposition, qui compte 65 députés avec les indépendants, avait estimé que ces amendements détruiraient « ce qui reste des bases de la démocratie » au Yémen, un des pays arabes les plus pauvres et unique république de la péninsule Arabique. Le communiqué avait ajouté qu'une telle mesure conduirait également à « anéantir tout espoir d'alternance pacifique du pouvoir et préparerait la voie à une transmission héréditaire du pouvoir ». L'opposition accuse le président Saleh, 68 ans, de vouloir transmettre la présidence à son fils aîné Ahmad, chef de la garde républicaine, unité d'élite de l'armée.
Les deux seuls députés indépendants qui ont assisté à la séance de samedi avaient appelé à surseoir au vote afin de ménager l'opposition. « Si le CPG persiste à faire adopter ces amendements, il provoquera la sédition dans le pays et ouvrira la voie à des ingérences étrangères », a prévenu Ali Abed Rabbo al-Qadi, député indépendant. « Si l'opposition veut débattre de cette question, elle n'a qu'à venir au Parlement », a rétorqué le chef du bloc parlementaire du parti au pouvoir, Sultan al-Barakani, ajoutant que son parti était déterminé à mener à bien la réforme.
Vendredi, les États-Unis avaient appelé les élus à privilégier le dialogue avec l'opposition. « Nous appelons de façon urgente toutes les parties à surseoir à l'action parlementaire et à retourner à la table des négociations », a déclaré Mark Toner, un porte-parole du département d'État américain.
Le vote de samedi pourrait accentuer la tension au Yémen, où le pouvoir central doit déjà faire face à la menace croissante d'el-Qaëda, ainsi qu'à une rébellion zaïdite (une branche du chiisme) dans le Nord et à un mouvement sécessionniste dans le Sud.
L'opposition avait déjà été irritée par la décision des autorités d'organiser des élections législatives le 27 avril, à l'issue du mandat du Parlement. Ce mandat avait été prolongé en vertu d'un accord entre le CPG et l'opposition, qui avaient convenu d'engager le dialogue pour faire évoluer le Yémen vers un régime parlementaire, mais ce dialogue a marqué le pas.

