Mais le président Sleiman a également, dans la foulée, lancé un appel pressant aux forces politiques pour un retour à la bonne règle, à la loi souveraine, à la Constitution, au régime démocratique dans son esprit comme dans sa lettre. Pour promouvoir de nouveau les constantes nationales libanaises. Dont le respect de l'ordre établi, convenu. Il conforte du reste par là sa ferme riposte à ceux qui prétendent lui forcer la main, tant pour l'inscription du dossier des présumés « faux témoins » à l'ordre du jour du Conseil des ministres que pour le vote au sujet de la saisine de la Cour de justice. Un recours à l'urne dont la Constitution le rend maître, à son gré, quand il préside le Conseil.
Les opposants font mine de s'étonner de ce qu'ils appellent « l'incompréhensible intransigeance d'un président de consensus. » Oubliant un peu trop vite son rôle de gardien de la Constitution.
Ce à quoi la majorité se hâte de répliquer, en rappelant à certains de ses adversaires, qui se présentent comme les champions du rôle chrétien, leur campagne longue durée en faveur du renforcement des pouvoirs de la présidence dévolue aux maronites. Au titre du rétablissement des équilibres endommagés par Taëf, qui a transposé le pouvoir exécutif de la présidence de la République au Conseil des ministres réuni. C'est-à-dire, plutôt au chef du gouvernement, qui en trace la politique, constitutionnellement. Or ces parties, et ce n'est pas la première fois en réalité, ne cherchent qu'à ébrécher ces pouvoirs présidentiels. Elles ont régulièrement contré les options de Baabda, pour le budget ou les nominations, par exemple, et maintenant pour le vote sur les « faux témoins ».
Celui qui défend activement le rééquilibrage requis, c'est bien le président de la République en place. Tout en veillant à ne pas transgresser les textes de base, il se soucie toujours de marquer des points, le plus souvent d'ailleurs en les ralliant à ses vues propres, par rapport aux deux autres présidences, de la Chambre et du Conseil. Cela, au titre que finalement, indépendamment des faits de pouvoir, il détient l'essentiel : la préservation même de la nation, la sauvegarde de son unité, et l'autorité de faire appliquer la loi.
Mais il y a une faille, et de taille : depuis le départ des Syriens, il n'y a plus d'arbitre en cas de litige constitutionnel. Comme sur ce point qui s'est déjà présenté : que faire si un chef de gouvernement désigné et un président de la République ne sont pas d'accord sur la composition d'un nouveau cabinet, comme l'exige la Loi fondamentale ? C'est pourquoi un ancien ministre, juriste réputé, milite pour un codicille constitutionnel instaurant une instance arbitrale, déjà existante (comme la Chambre des députés ou le Conseil constitutionnel) ou à créer, comme ce Sénat dont le projet subsiste depuis Taëf. Faute de quoi, d'une manière directe ou voilée, le Liban aurait toujours besoin d'une intervention, d'une immixtion, étrangère pour régler ses problèmes, politiques ou constitutionnels. Plus globalement, au-delà des nécessités de l'entente, il est assez évident que trois têtes pour la direction d'un seul État, c'est illogique. Comme le regretté président Élias Hraoui l'avait avancé en vain, il faudrait que le chef de l'État le soit vraiment. Sinon qu'il règne en maître, du moins que sa primauté soit confirmée. Or non seulement il n'en est rien, mais ses prérogatives lui sont contestées non pas par les deux autres dirigeants, mais par l'ensemble du camp prosyrien et pro-iranien, Hezbollah et CPL en tête. Une opposition qui bloque tout, même et surtout le traitement des difficultés socio-économiques croissantes des Libanais. Et cela depuis cinq ans. Et le reste à l'avenant, avec l'acte d'accusation.

