« Mes chers enfants... Ça y est, vous êtes prêts ? Tout d'abord, joyeux Noël. Bien sûr. Et merci. Merci de m'attendre encore après toutes ces années. Merci pour ces milliers, que dis-je, pour ces millions de lettres. Et surtout merci d'y croire encore. D'y croire malgré tout. Merci parce que sans vous je n'existerais pas. Merci de dire à Raphaël quand il se demande si j'existe, que tant qu'il croira au père Noël, il existera. Merci de perpétuer le rêve de génération en génération. Merci, parce que ce soir et demain matin, grâce à vous et grâce à moi, des centaines de milliers de petits yeux brilleront de mille feux... Oh, je sais, je suis un peu guimauve. It's Christmas spirit. C'est que moi aussi, ça me fait quelque chose Noël. Ça me chamboule. Je suis souvent nostalgique en cette période. Ça fait quoi, combien d'années, combien de décennies que vous m'avez inventé ? En fait, j'existe depuis la nuit des temps. Je suis tour à tour saint Nicolas, Santa Claus, Baba Nawel. Je passe le 6 décembre, le 24 au soir ou le 25 au matin. Je vis en Laponie pour certains, au Groenland pour d'autres. Toujours est-il que quels que soient les traditions, les rituels ou les noms qu'on me donne, je suis le père Noël pour tout le monde. Je suis un peu "fuuuh" parce qu'au fond, je suis comme vous. J'aurais aimé exister également pour les plus grands. Au-delà de sept ans. J'aurais aimé déposer des cadeaux aux mamans, aux papas, aux grands-parents, aux oncles et aux tantes sans qu'ils s'y attendent... C'est donc normal que je sois un peu tristounet moi aussi en cette période. Parce que j'ai perdu plein de petits. Plein de petits qui ont compris que derrière cette barbe blanche, sous ce grand manteau rouge, se cachaient leurs parents, la famille, des amis, des âmes généreuses. Je pense à eux. À ces gamins qui ne comprennent pas vraiment pourquoi on leur a menti et qui saisissent enfin tous les stratagèmes de leurs parents. La tétine qu'ils m'ont soi-disant donnée, tout cet argent dépensé quand la liste était si longue, les cadeaux manquants parce que je n'arrivais pas à les trouver. C'est à eux que je pense chaque année. Je me sens à la fois désolé et heureux. Désolé de ne pas « être pour de vrai » et heureux de les voir grandir... Je suis un peu perturbé aussi, parce qu'il fait de plus en plus chaud. Ça va me faire bizarre cette année de ne pas me brûler les fesses dans la cheminée. Va falloir que je pense accommoder mon traîneau au temps qu'il fait chez vous. La neige va me manquer, le froid aussi. Mes rennes vont être surpris je crois, mais bon, on s'adapte à tout, n'est-ce pas ? Je vais demander à mère Noël de me confectionner une tenue plus légère. Un short et, pourquoi pas, un maillot. On ne sait jamais. Je vous avoue aussi que je suis un peu fatigué. Faut me comprendre, je lézarde durant 330 jours et puis, pendant un mois, je bosse comme un malade. Je n'ai pas arrêté cette année. Je suis assez las et puis, faut l'admettre, je commence à me faire vieux. Mais ne vous inquiétez pas, je ne vais pas prendre ma retraite de sitôt. Je vais continuer à arpenter les rayons des magasins de jouets, à recevoir des lettres où je lirai avec émotion dans la liste, entre un Action Man à moto et de la pâte à modeler qui fait de la glace, une petite phrase comme celle-ci : "Cher papa Noël, j'ai été très sage, est-ce que je pourrais avoir un petit frère tu penses ? "... Je suis exténué à force de m'arracher les cheveux parce que les gosses qui regardent Télétoon voulaient tous Carlo Crado. Sympa, sauf que le jeu n'était pas disponible à Beyrouth. Fallait que je voie avec mes copains qui s'occupaient du secteur Europe. Vous ne savez pas ce que c'est de trouver LE cadeau. Heureusement que j'ai de bon(ne)s ami(e)s. Et puis, franchement, les prix étaient abusifs cette année. C'est pour ça que je me dois de m'excuser à l'avance pour quelques petits oublis. Ben oui, moi aussi je trouve que les cadeaux de Noël, à Noël, c'est l'arnaque. No worries, je vais me rattraper le 6 janvier, le jour du Noël arménien. Vous savez pourquoi ? Les soldes auront commencé. Ça tombe bien, hein ? Ho ho ho. Jamais j'aurais cru qu'un jour, moi aussi j'attendrais les soldes... C'est pas tout mes petits, mais je dois vous laisser, j'ai une sacrée tournée qui m'attend. N'oubliez pas de chanter Tino Rossi à tue-tête, de vous embrasser, de vous aimer, de pardonner et de laisser la fenêtre entrouverte. Je vous aime. » Papa Noël.
PS : s'il vous plaît, les cookies à remplacer par des toasts-Sylphide sous le sapin, je suis au régime.
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