Deux jeunes Chinois s’amusant sur la neige à Pékin. Selon les experts, les anomalies atmosphériques dues au réchauffement climatique pourraient tripler la probabilité d’avoir des hivers extrêmes en Europe et dans le nord de l’Asie. Photo Reuters
Aux climato-sceptiques qui y voient la preuve que le changement climatique n'existe pas, certains scientifiques répondent que ces vagues de froid sont un refroidissement temporaire, au sein du réchauffement global. Mais une nouvelle étude va plus loin et montre que la hausse du thermomètre est précisément à l'origine de ces hivers enneigés et particulièrement froids. Le coupable serait la fonte de la calotte glaciaire arctique. Le réchauffement, deux à trois fois supérieur à la moyenne, a entraîné sa réduction de 20 % ces 30 dernières années. Elle pourrait même disparaître entièrement durant les mois d'été d'ici à la fin du siècle. Les rayons du soleil, qui ne sont plus repoussés par la glace, réchauffent encore un peu plus la surface du globe à cet endroit. Une mer sans glace, et c'est tout le système de pressions qui s'en trouve bouleversé.
« Mettons que l'océan soit à zéro degré », explique à l'AFP Stefan Rahmstorf, spécialiste du climat au prestigieux Institut Potsdam (Allemagne) pour la recherche sur l'impact climatique. « Il est ainsi beaucoup plus chaud que l'air ambiant dans cette zone polaire en hiver. Vous avez alors un important flux chaud qui remonte vers l'atmosphère, que vous n'avez pas quand tout est recouvert de glace. C'est un changement énorme », ajoute-t-il.
Le résultat, selon une étude publiée au début du mois par le Journal de recherche géophysique, est un système de haute pression qui pousse l'air polaire, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, vers l'Europe. « Ces anomalies pourraient tripler la probabilité d'avoir des hivers extrêmes en Europe et dans le nord de l'Asie », explique le physicien Vladimir Petoukhov, qui a dirigé l'étude. D'autres explications pour ces hivers atypiques, comme une baisse de l'activité solaire ou des changements dans le Gulf Stream, « ont tendance à en exagérer les effets », ajoute M. Petoukhov. Il souligne également que lors de l'hiver glacial de 2005-2006, quand les températures étaient de 10 degrés inférieures à la normale en Sibérie, aucune anomalie n'avait été constatée dans l'oscillation nord-atlantique, phénomène météorologique avancé par certains comme une explication possible de ces hivers rigoureux.
Et les chercheurs de souligner que ces hivers particulièrement froids en Europe ne reflètent pas la tendance globale constatée sur l'ensemble du globe, où 2010 devrait être l'une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées. « Quand je regarde par ma fenêtre, je vois 30 cm de neige et le thermomètre dit -14° », raconte M. Rahmstorf, qui s'exprimait au téléphone depuis Potsdam, ajoutant : « En même temps, au Groenland, nous sommes au-dessus de zéro en décembre. »


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