Des soldats ivoiriens patrouillant à Yopougon, l’un des fiefs de Laurent Gbagbo. Luc Gnago/Reuters
Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU qui ne reconnaît pas l'élection de Gbagbo et considère son rival Alassane Ouattara comme le président élu, a rejeté la demande du sortant d'un départ de l'Onuci. Il l'a averti des « conséquences » s'il lançait une attaque contre elle. Le siège de l'Onuci à Abidjan a essuyé des tirs d'hommes armés « vêtus de tenues militaires » dans la nuit de vendredi à samedi, selon la mission.
Cependant, en dépit des risques d'un nouvel incident, aucune disposition particulière ne semblait avoir été prise pour renforcer la sécurité de l'énorme bâtiment qui a déjà en temps normal des airs de forteresse, protégé par des gardes et des sentinelles, a constaté une journaliste de l'AFP.
Laurent Gbagbo et les Forces de défense et de sécurité (FDS) qui lui sont fidèles ont accusé l'Onuci d'appuyer militairement l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) soutenant son rival Alassane Ouattara, autre président proclamé, reconnu internationalement comme président légitime.
Outre le retrait des Casques bleus, au nombre de 10 000, M. Gbagbo a également exigé celui de la force française Licorne (900 hommes). Hier, la ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie a affirmé que les forces françaises en Côte d'Ivoire « n'ont pas l'intention de s'interposer entre les Ivoiriens, mais répliqueraient s'ils étaient attaqués ».
En plus des FDS, en particulier ses unités d'élite comme la garde républicaine, Laurent Gbagbo peut compter sur le soutien indéfectible des « jeunes patriotes » de son nouveau ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé. Fer de lance de violentes manifestations antifrançaises en 2003 et 2004 à Abidjan, il a poursuivi hier sa tournée des quartiers d'Abidjan pour appeler ses partisans, « avant vendredi, à libérer totalement la Côte d'Ivoire ». Samedi à Yopougon, l'un des fiefs abidjanais de Laurent Gbagbo, et devant des centaines de jeunes très remontés contre la communauté internationale, il a affirmé que son champion « ne partira pas et ne partira jamais ». Il a accusé l'ONU et le président français Nicolas Sarkozy de préparer un « génocide ».
En raison du risque de « violences », le Royaume-Uni a recommandé hier à ses ressortissants de quitter la Côte d'Ivoire. Ces trois derniers jours, les violences en Côte d'Ivoire ont fait « plus de 50 morts et plus de 200 blessés », a estimé hier la haut-commissaire aux Droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay, s'inquiétant de « violations massives des droits de l'homme ». Le durcissement du régime Gbagbo s'est également traduit par la suspension de la publication de plusieurs journaux favorables à Alassane Ouattara. Le Conseil national de la presse (CNP), organe officiel de régulation en Côte d'Ivoire, a dénoncé une « atteinte intolérable à la liberté de la presse » et réclamé la reparution des titres empêchés de paraître depuis vendredi par des éléments de l'armée. Mais dans un entretien à l'AFP, le ministre de la Communication de Laurent Gbagbo, Gnonzié Ouattara, n'a pas exclu hier d'interdire formellement des journaux qui « appellent à la révolte ».


La France soutient un cessez-le-feu, se « tient à disposition », déclare Macron