Le journaliste brosse le tableau d'un pays où « deux armées se côtoient », où un gouvernement d'union nationale est si divisé qu'il est « incapable de se réunir », un pays qui s'est transformé en un véritable « bien foncier » en plein essor, installé sur « une bombe minutée » appelée tribunal international.
Il évoque l'ambition, ou plutôt le rêve de Condoleezza Rice, qui, à un moment donné, a cru voir les prémices d'un Moyen-Orient démocratique et libéré du Hezbollah, dont les graines étaient semées par Israël au cours de la guerre de juillet 2006. « Le Liban, déclare-t-il, n'est pas pour les amateurs. »
« Et l'Amérique, souligne-t-il, continue de rêver. »
À partir de 2005, année de l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, le vent a tourné. Saad Hariri demandait « la vérité ». Walid Joumblatt annonçait un nouveau monde arabe. Il soutenait le TSL. Il le défendait âprement.
Quatre années plus tard, le même Joumblatt évoque « la folie » de ce moment, se rétrogradant lui-même de leader national au rang de leader tribal. Il a choisi « la stabilité à la justice ».
Et Saad Hariri « parle de moins en moins de vérité et visite de plus en plus la Syrie ».
C'est qu'après 2006, « à cause de l'action d'Israël », l'Amérique a perdu « sa guerre stratégique ».
Et en 2008, le coup de grâce a été donné, lorsque le Hezbollah a vaincu « ses rivaux pro-occidentaux » dans les rues de Beyrouth.
Quatre années après 2006, le journaliste note que le Hezbollah « n'a jamais été plus fort », son armée supplante « très largement » les troupes régulières, qu'il est non seulement représenté au gouvernement, mais « qu'il y dispose aussi d'un droit de veto », que la banlieue sud, ravagée par les bombes israéliennes en 2006, est aujourd'hui reconstruite. Toutes sortes de commerces y regorgent, même « des maisons de lingerie fine », voire osée.
Et Roger Cohen de se demander, désabusé, si Washington continuera à occulter la nouvelle réalité.

