« Si la Belgique échoue à former bientôt un gouvernement, une dégradation (de sa note de solvabilité financière) pourra intervenir, potentiellement dans les six mois », a prévenu l'agence.
Cette note, qui évalue la capacité d'un émetteur d'obligations, État ou entreprise, à rembourser ses dettes, influence les taux d'intérêt qu'il doit payer pour emprunter de l'argent.
L'annonce de S&P est passée d'autant moins inaperçue qu'elle intervient au lendemain de déclarations polémiques du chef des indépendantistes flamands arrivés en tête aux législatives dans le nord du pays.
Bart De Wever a affirmé dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, paru lundi, que la Belgique était « l'homme malade de l'Europe », un commentaire très critiqué dans le pays car susceptible d'attiser la nervosité des marchés.
Les taux des emprunts belges à dix ans sont repassés hier au-dessus de 4 %, avec un pic de 4,063 % en séance, contre 3,975 % lundi soir, une évolution relativement modérée dans un contexte de tensions généralisées sur les taux des pays fragiles de la zone euro.
« Il n'y a pas lieu de paniquer », a jugé le Premier ministre, Yves Leterme, sur la radio RTBF.
La Belgique est encore très loin d'émettre des obligations « pourries » : Standard and Poor's a confirmé sa note à long terme « AA+ », soit seulement un cran en dessous du maximum possible (« AAA »).
Mais elle l'assortit dorénavant d'une perspective « négative », contre « stable » auparavant, signifiant ainsi qu'une éventuelle révision s'effectuera à la baisse. Probablement d'un cran, précise-t-elle.
Pour S&P, « l'incertitude politique prolongée en Belgique présente des risques pour la réputation de solvabilité de son gouvernement, spécialement étant donné les conditions de marché difficiles auxquelles beaucoup de gouvernements de la zone euro sont confrontés ».
Après la Grèce au printemps, l'Irlande vient d'obtenir une aide financière extérieure.
Et les marchés spéculent sur le prochain maillon faible : le Portugal, l'Espagne qui a vu de nouveau ses taux bondir lors d'une émission obligataire hier, ou peut-être justement la Belgique. Le gouvernement, démissionnaire depuis avril, y gère les affaires courantes et « pourrait être mal équipé pour faire face à des chocs sur les finances publiques », souligne S&P.
Le Fonds monétaire international (FMI) aussi a conseillé lundi à la Belgique d'assainir « sans délai » sa situation budgétaire.
Le pays doit dégager 20 à 22 milliards d'euros pour ramener, comme il s'y est engagé, le déficit public à zéro d'ici à 2015, contre 6 % du PIB l'année dernière. L'autre défi est d'empêcher la dette de repasser l'an prochain au-dessus du seuil psychologique de 100 % du PIB.
« Il faut, soit que l'on passe réellement à un nouveau gouvernement, soit que l'actuel gouvernement prenne un certain nombre de responsabilités », a déclaré hier le ministre belge des Finances, Didier Reynders, sur la télévision RTL-TVI.
Il juge « indispensable » que le gouvernement « se penche sur la situation budgétaire de 2011 et rassure sur notre capacité d'atteindre l'objectif » d'assainissement des finances publiques, éventuellement avec « de nouvelles mesures ».
« Si on ne prend pas dans un délai raisonnable les décisions qui s'imposent, la situation risque de nous échapper », a prévenu de son côté Elio Di Rupo, chef de file des socialistes vainqueurs des élections dans le sud francophone du pays.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine