Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Le Point

Le cinquième acte

« Perdu : boule de cristal, bonne récompense à qui la rapportera. S'adresser à Gianfranco Fini et/ou Giorgio Napolitano. » Dans la soirée d'hier lundi, nul ne s'était présenté pour restituer l'objet disparu à ses propriétaires. Le président de la Chambre des députés et le chef de l'État avaient avoué, la veille, leur incapacité à prédire l'issue de la confrontation appelée à se dérouler aujourd'hui devant les deux Chambres transformées en arènes de combat où se jouera le sort du gouvernement d'un homme, Silvio Berlusconi, acculé dans les cordes et qui joue, à 74 ans, sa survie politique.
Lâché par ses alliés, le Premier ministre a riposté en faisant feu de tout bois : main tendue aux centristes et aux « modérés », menace de plongée dans une crise de la dette semblable à celles que connaissent la Grèce et l'Irlande, risque que présenteraient des élections anticipées qui équivaudraient à un saut dans l'inconnu. Il n'a fait que prêcher des convertis, les autres - la mouvance centriste et la droite libérale -, flairant le sang, ne veulent à aucun prix enterrer la hache de guerre et jouent sur la lassitude d'une opinion publique qui, quotidiennement abreuvée de scandales, consciente que le pays est le nouvel homme malade de l'Europe et terrorisée à l'idée que les années de vaches grasses ne sont plus qu'un lointain souvenir, réclame davantage de stabilité et moins de scandales sexuels.
Lundi, le chef de l'exécutif a plaidé la cause de la stabilité retrouvé, ce qui reste à prouver. L'Italie, a-t-il fait valoir, a la troisième dette publique du monde sans avoir la troisième économie du monde. Vrai. En raison d'un boulet de 1 800 milliards d'euros, soit cette année 118,5 pour cent du PIB, les taux obligataires viennent d'atteindre un chiffre record. Et si, à ce jour, la péninsule a pu éviter le sort du groupe des mauvais élèves de l'Union européenne, c'est grâce à un strict contrôle des dépenses publiques et à un système bancaire constamment soucieux de ne pas céder aux appels des sirènes du boom économique qui a failli tout emporter lors de sa faillite à la fin de la décennie passée. Un moment, l'empire Berlusconi a chancelé sur ses bases lorsque, à la mi-novembre, l'action Mediaset - propriété à 40 pour cent de Sua Emittenza et de sa famille à travers le holding Fininvest - a chuté de 10 points à la Bourse de Milan, perdant en deux jours l'équivalent de 842 millions de dollars. Depuis, c'est le silence radio et l'on ignore encore si oui ou non les retombées de l'affaire ont été amorties.
Devant le Sénat d'abord, le Parlement ensuite, le Cavaliere a joué hier son va-tout, laissant entendre que, sans lui, ce sera le chaos - politique dans un premier temps, puis économique. Rien n'indique qu'il a été entendu.Certes, la motion de soutien sera votée par les sénateurs, majoritairement favorables à son équipe, mais nul ne se hasarderait à envisager un scénario identique à l'Assemblée, saisie de deux motions de censure. Là, le pire peut se produire, c'est-à-dire soit un succès relatif, tout se jouant à une voix près, soit même une mise en minorité qui déboucherait sur d'interminables consultations pour la mise sur pied d'un nouveau gouvernement.
Implacables, les chiffres disent éloquemment combien proche du Capitole se trouve la roche Tarpéienne : majorité écrasante pour le tandem Berlusconi-Fini aux élections des 13 et 14 avril 2008 ; chute significative du pourcentage des élus aux européennes du 7 juin 2009 (35,16 pour cent des voix contre 37,24 pour cent aux législatives) ; victoire aux régionales de fin mars dernier grâce à la Ligue du Nord, mais le PDL voit sa part tomber à 26,7 pour cent. Le 30 juillet, le chef du gouvernement perd la majorité absolue à la Chambre basse après la brouille avec Fini, qui claque la porte, emmenant avec lui 32 députés. Le groupe s'apprête, dit-on, à fonder un nouveau parti dès le mois de janvier 2011. Avec les 80 parlementaires de la mouvance centre-droite libérale - cette Union des démocrates-chrétiens de Pierferdinando Casini qui donne des migraines au président du Conseil - cela fait un nombre non négligeable de mécontents.
Déclencher une crise sans solution de rechange serait pure folie, a dit le sémillant Premier ministre, qui a appelé à ne pas « trahir la confiance des électeurs ». Mais possède-t-il, lui, un plan de riposte à la crise, un programme d'action politique qui ne se limite pas à un simple : j'y suis j'y reste ? Plus grave encore : d'une victoire par défaut, il ne sortirait pas grandi, loin de là. De son côté, l'opposition, sans programme de gouvernement et sans véritable chef, serait bien embarrassée si elle venait à l'emporter dans les heures qui viennent.
Retour à la voyance extralucide et à la nécessité urgente de la retrouver, cette fichue boule de cristal sans laquelle pas de règlement durable.
« Perdu : boule de cristal, bonne récompense à qui la rapportera. S'adresser à Gianfranco Fini et/ou Giorgio Napolitano. » Dans la soirée d'hier lundi, nul ne s'était présenté pour restituer l'objet disparu à ses propriétaires. Le président de la Chambre des députés et le chef de l'État avaient avoué, la veille, leur incapacité à prédire l'issue de la confrontation appelée à se dérouler aujourd'hui devant les deux Chambres transformées en arènes de combat où se jouera le sort du gouvernement d'un homme, Silvio Berlusconi, acculé dans les cordes et qui joue, à 74 ans, sa survie politique.Lâché par ses alliés, le Premier...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut