D'ailleurs, tous les sons de cloche venant de Syrie affirment que le climat est plus positif qu'il y a quelques mois et les Syriens ont déclaré à leurs alliés libanais que le roi d'Arabie est désormais convaincu de la nécessité de parvenir à un compromis au Liban le plus rapidement possible. Cette conviction serait basée sur le fait qu'en raison du rapport de force interne au Liban, le Hezbollah (et l'opposition en général) serait en mesure de placer le pays et ses institutions sous son contrôle sans même avoir à verser du sang, ce qui ferait perdre au camp dit pro-occidental ses derniers bastions. Certes, le Liban est un pays de compromis où il y a rarement un vainqueur et un vaincu, mais acculé, le Hezbollah n'hésiterait pas à renverser les équilibres politiques et institutionnels, sans avoir à rééditer le scénario du 7 mai 2008. Dans ce contexte, les sources du Hezbollah considèrent que la campagne que ce parti a menée depuis juillet dernier a porté ses fruits.
Divisée en trois axes, cette campagne a essentiellement porté sur la piste israélienne qui n'a jamais été suivie par les enquêteurs internationaux, sur le secteur des télécommunications infiltré par Israël et qu'il est possible de manipuler, alors que les communications téléphoniques constituent une des principales preuves retenues contre des membres du Hezbollah, selon les « fuites » sur le contenu de l'acte d'accusation, et sur les irrégularités juridiques dans la formation et le fonctionnement du TSL. En même temps, au cours de ses nombreuses apparitions télévisées, le secrétaire général du parti Hassan Nasrallah a pris soin de maintenir son public en haleine, faisant croire qu'il détient des données qu'il ne divulguera qu'au fur et à mesure de l'évolution des événements. En même temps, il alternait menaces et promesses pour faire comprendre à ceux qui le souhaitent que le Hezbollah est prêt à tout pour affronter ce qu'il considère comme une nouvelle étape du complot israélo-américain le visant en sa qualité de mouvement de résistance. Au début, les menaces n'étaient pas vraiment prises aux sérieux et les chancelleries occidentales aussi bien que le camp du 14 Mars considéraient qu'il y avait une grande partie de bluff dans les allégations du Hezbollah. Ils étaient aussi convaincus qu'un nouveau 7 mai ne servirait à rien puisque l'autre camp ne souhaite pas se battre. Pourtant, face aux indications livrées au compte-gouttes sur un plan de mise au pas politique et institutionnelle du pays, ils ont compris que l'affaire est sérieuse et que si l'acte d'accusation est publié et qu'il implique certains de ses membres, le Hezbollah ne se laissera pas faire, même si le coût de la riposte serait élevé. Résultat, le 14 Mars perdra les points forts qu'il possède dans la structure de l'État et dans les pôles du pouvoir. Et même si des sanctions sont alors décidées contre « le pouvoir du Hezbollah » au Liban, elles mettront trop de temps pour produire des effets concrets. Si donc ce cas de figure est catastrophique pour le Hezbollah, il l'est encore plus pour le 14 Mars.
C'est pourquoi, les parties concernées sont désormais convaincues de la nécessité de conclure un compromis. Mais les termes de ce compromis restent à définir. Le Premier ministre Saad Hariri souhaiterait obtenir des garanties au sujet de son exercice du pouvoir, notamment dans les dossiers épineux de l'économie et des finances, alors que le Hezbollah et son allié Michel Aoun refusent de céder sur ces points, précisant que si Saad Hariri adopte une position « historique » au sujet du TSL ou de l'acte d'accusation, il le fera pour le pays, pas pour l'opposition.
Les positions restent pour l'instant inconciliables, même si le principe du compromis est acquis. Le Qatar a d'ailleurs été mis à contribution, en plus de l'Arabie saoudite et de la Syrie, pour tenter de rapprocher les points de vue. Mais cela n'empêchera pas le Hezbollah de poursuivre sa campagne préventive et le 14 Mars de s'accrocher à la justice internationale. En attendant, les regards restent tournés vers les négociations entamées entre l'Iran et la communauté internationale, qui doivent se poursuivre le mois prochain à Istanbul et vers la situation en Afghanistan où les forces américaines ont de plus en plus de mal à préparer leur éventuel retrait. Plus que jamais, le Liban est au cœur des enjeux régionaux et internationaux.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve