Thabo Mbeki, l’émissaire de l’Union africaine, a rencontré hier l’ex-Premier ministre Alassane Ouattara. Ce dernier s’est montré ferme, réclamant le départ de Laurent Gbagbo. Sia Kambou/AFP
Cette annonce-surprise survient le jour même d'une visite de Thabo Mbeki, dépêché en urgence par l'Union africaine pour trouver une issue à la crise née de la présidentielle du 28 novembre. Après un bref échange d'une trentaine de minutes avec l'ex-président sud-africain, l'ex-Premier ministre Ouattara s'est montré ferme : « Je lui demande de demander à Laurent Gbagbo de ne pas s'accrocher au pouvoir. » Déjà médiateur dans la crise ivoirienne par le passé, M. Mbeki avait rencontré auparavant le représentant spécial de l'ONU dans le pays, Youn-jin Choi, puis le président sortant Gbagbo, qui l'a reçu pendant environ 1h30 à sa résidence à Abidjan. La situation « est évidemment très grave », a reconnu l'émissaire, jugeant « important d'éviter les violences, de ne pas revenir à la guerre » et de « trouver une solution pacifique ».
Le pays est en pleine tourmente depuis que M. Gbagbo a été proclamé vendredi vainqueur de la présidentielle avec 51,45 % des suffrages par un Conseil constitutionnel acquis à sa cause, qui avait invalidé les résultats de la Commission électorale indépendante (CEI) donnant son rival en tête avec 54,1 %. Mais les deux hommes ont prêté serment successivement samedi, M. Gbagbo lors d'une cérémonie au palais présidentiel et M. Ouattara par un courrier adressé au Conseil constitutionnel. L'opposant s'appuie sur un très large soutien international. L'ONU, les États-Unis, la France, l'Union européenne, la Grande-Bretagne, la Francophonie, mais aussi l'Union africaine et la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) ont avalisé les résultats de la CEI et reconnu sa victoire. La Cédéao doit tenir un sommet, demain à Abuja, consacré à cette crise.
Il y a urgence à trouver une solution alors que le pays, coupé en deux depuis huit ans, se retrouve avec deux présidents et que leurs partisans pourraient être tentés de se radicaliser, plongeant le pays dans le chaos. Déjà, des violences ont fait samedi au moins deux morts à Abidjan, mais des bilans non confirmés de source indépendante font état de victimes plus nombreuses. Dans la capitale économique, des centaines de sympathisants d'Alassane Dramane Ouattara ont crié samedi leur colère de ne pas voir « ADO » président, comme ils le surnomment, dressant des barricades et incendiant des pneus. Hier cependant, les quartiers populaires étaient calmes. Des incidents violents ont toutefois été rapportés à Dabou, près d'Abidjan.
Signe de l'inquiétude que la crise inspire à l'étranger, les États-Unis et la Belgique ont déconseillé à leurs ressortissants de se rendre en Côte d'Ivoire. Le président français Nicolas Sarkozy, qui « suit heure par heure l'évolution de la situation » en Côte d'Ivoire pendant sa visite en Inde, a demandé à son ministre de la Défense, Alain Juppé, de « rester en France » pour suivre les développements dans ce pays. Environ 15 000 Français y vivent et Paris y déploie la force militaire Licorne (900 hommes).
Le Liberia voisin commence à subir les contrecoups de la crise actuelle. Selon une source officielle à Monrovia, quelque 300 Ivoiriens s'y sont réfugiés en dépit de la fermeture des frontières par les autorités ivoiriennes, par crainte de violences.


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