« La révélation de rencontres entre le procureur général du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) et l'ancienne ambassadrice américaine confirme ce que nous avons toujours dit : l'administration américaine utilise le tribunal et la commission d'enquête pour viser la résistance », a déclaré le député du Hezbollah Hassan Fadlallah.
« Ceci est le résultat direct de l'échec des offensives israéliennes, menées avec le soutien des États-Unis, contre le Liban », a-t-il ajouté.
Un câble diplomatique rédigé en 2008 - révélé par le site WikiLeaks et publié sur le site du journal libanais al-Akhbar - indique que le procureur général du TSL Daniel Bellemare a demandé à Michelle Sison, à l'époque ambassadrice des États-Unis à Beyrouth, des informations des services de renseignements.
« Vous êtes l'acteur majeur. Si les États-Unis ne m'aident pas, qui le fera ? » a indiqué M. Bellemare à son interlocutrice, selon le câble.
« Les plus honnêtes »
Sur un autre plan, l'acharnement du Hezbollah à se défendre de toute implication dans l'assassinat de Rafic Hariri s'expliquerait, selon les experts, par la crainte de ce parti de voir son image entachée à jamais, même si cette implication finit par être démentie par les faits, rapporte une dépêche de l'AFP.
« Leur message a toujours été "Nous sommes les plus forts, les plus honnêtes, nous sommes au-dessus de tout soupçon". Être mis en cause contredira leur discours », affirme Waddah Charara, auteur du livre L'État du Hezbollah : le Liban, société islamique (1998).
« C'est comme si on inversait son image », ajoute-t-il.
« Que le Tribunal spécial pour le Liban implique un ou 100 de ses militants, aux yeux du Hezbollah, cela n'a strictement aucune différence. Il n'acceptera jamais » d'être mis en cause, déclare à l'AFP Amal Saad-Ghorayeb, de l'Institut arabe pour les recherches et les études de politique, basé à Doha.
« L'acte d'accusation attendu ternira son image et violera jusqu'à son identité », poursuit-elle.
« C'est un mouvement qui a bâti son image sur sa lutte contre les agressions d'Israël. Maintenant, on va peut-être l'accuser de meurtre », souligne M. Charara.
Une page noire
Pour un diplomate occidental à Beyrouth, « une telle accusation porterait un grand coup au Hezbollah ».
« Le seul fait que des membres puissent être cités, c'est inacceptable pour eux car cela représenterait une page noire dans leur histoire, dit-t-il sous le couvert de l'anonymat. Quoi qu'ils fassent, ils seraient toujours associés à ce crime. »
« Le Hezbollah n'est pas un parti au sens conventionnel du terme, il est devenu une identité politique, dit Mme Ghorayeb. Quand on devient une identité, si un membre est accusé, c'est le reste du corps qui est touché. »
Pour les experts, la solidarité propre au mouvement chiite explique son refus catégorique de reconnaître la culpabilité d'un seul militant, « indiscipliné » ou pas.
« Le parti ne fait pas la différence entre l'individu et le groupe. Si un militant est nommé, il y va de la dignité de l'ensemble du parti », dit M. Charara.
Le Hezbollah et, derrière lui, ses puissants alliés régionaux, la Syrie et l'Iran, veulent que l'image du parti reste « pure et intacte », notamment aux yeux du monde arabe, selon l'expert.
Or, « s'il est accusé, il sera présenté comme une mafia », soutient Mme Saad-Ghorayeb.

