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Liban

Le document syro-saoudien et la maladie du roi...

Selon plusieurs sources concordantes, les négociations syro-saoudiennes étaient sur le point d'aboutir à des résultats concrets à la veille de la maladie du roi Abdallah. Le scénario mis au point entre les capitales concernées par le dossier libanais se résumait comme suit : le document élaboré entre Damas et Riyad serait transmis aux parties libanaises pour qu'elles y inscrivent leurs remarques éventuelles. L'adjoint du secrétaire général du Hezbollah Hussein Khalil s'était d'ailleurs rendu à Damas à cet effet et il aurait ensuite remis à sayyed Hassan Nasrallah une copie du document, alors que de leur côté les autorités saoudiennes se chargeaient de le communiquer au Premier ministre Saad Hariri. Si le document obtenait l'aval des parties libanaises (ce qui était presque acquis), le roi Abdallah devrait se rendre en Syrie pour l'annonce officielle de la conclusion d'un accord. Cette visite serait suivie d'une autre plus spectaculaire du président iranien Mahmoud Ahmadinejad à Riyad pour exprimer l'appui de son pays aux efforts syro-saoudiens et pour rendre hommage au rôle du roi dans ce domaine.
Les grandes lignes du document sur lequel travaillent les Syriens et les Saoudiens sont désormais connues. Elles se résument comme suit : le dossier des faux témoins est déféré devant la justice ordinaire. Une rencontre entre Nasrallah et Saad est organisée. À l'issue de cette rencontre, le Premier ministre déclare son appui à la Résistance et son refus de sa mise en cause dans l'assassinat de son père. Un processus pour le rééquilibrage des prérogatives présidentielles est déclenché ainsi que l'étude d'une nouvelle loi électorale en prévision des législatives de 2013. Enfin, la création d'une seconde Chambre, le Sénat, est sérieusement envisagée en application de l'accord de Taëf. C'est d'ailleurs parce qu'il avait été informé de la teneur des sujets évoqués par les médiateurs syriens et saoudiens que l'ancien ministre français des AE avait déclaré que cinq États arabes sont en faveur de la conclusion d'un nouvel accord au Liban...
Des sources proches de l'opposition affirment en tout cas que ce sont les points auxquels auraient abouti les contacts syro-saoudiens. Ceux-ci seraient arrivés à la phase finale et l'annonce officielle était attendue après la fête de l'Adha. Mais la maladie du roi Abdallah (mais aussi, selon les sources de l'opposition, les interventions du secrétaire d'État adjoint américain Jeffrey Feltman) aurait compromis ce scénario, qui butait encore toutefois sur un point important : tout en étant convaincu, comme le déclare l'un de ses proches, de la nécessité de parvenir à un compromis pour épargner au Liban et aux Libanais l'éclatement d'une grave crise, Saad Hariri serait partisan de sa conclusion après la publication de l'acte d'accusation du procureur Bellemare. Selon ses proches, sa visite en Iran s'inscrivait dans ce cadre, mais le langage qui lui a été tenu à Téhéran était différent de ce qu'il attendait. Des sources de l'opposition précisent de leur côté que l'ancien ambassadeur d'Iran au Liban, devenu responsable de la section du M-O au ministère iranien des AE, Mohammad Rida Chibani, se serait rendu en Arabie saoudite pour préparer la visite du Premier ministre en Iran, qui aurait été coordonnée avec les autorités saoudiennes. Les autorités iraniennes auraient ainsi affirmé au Premier ministre que la clé de la solution est à chercher avec le secrétaire général du Hezbollah. Le guide suprême l'ayatollah Khamenei aurait même pris pour exemple Esméralda, l'héroïne du roman de Victor Hugo Notre-Dame de Paris, pour insister sur l'importance de l'unité nationale et de la fameuse équation « armée, résistance, population ». Les autorités iraniennes auraient aussi rappelé au Premier ministre que lorsque son père était venu à Téhéran, il leur avait déclaré que Saad serait chargé des relations avec leur pays alors que son frère Baha' aurait le dossier de l'Arabie saoudite. Elles lui demandaient ainsi en quelque sorte de poursuivre sur la voie tracée par son père, et tout en déclarant comprendre le fait qu'il ne peut pas brader le sang de son père, elles lui auraient précisé qu'il connaît la Résistance et son passé, et que sa mise en cause ne peut être justifiée... Les messages étaient donc clairs et ils poussaient vers la conclusion d'un compromis au plus vite. Ils laissaient aussi entendre que c'est là que s'arrêterait le rôle de l'Iran : bénir un compromis au plus tôt, sans pour autant exercer des pressions sur le Hezbollah pour qu'il l'accepte après la publication de l'acte d'accusation.
Sur le plan politique, la situation tourne donc autour du même point, le timing de la conclusion d'un accord éventuel, surtout maintenant que les contacts syro-saoudiens se sont ralentis. Le secrétaire général du Hezbollah a précisé à plusieurs reprises qu'après la publication de l'acte d'accusation, il deviendrait très difficile d'accepter un compromis, car les parties internes perdraient le pouvoir de l'initiative, laissant entendre qu'à ce moment, la scène libanaise deviendrait un champ libre pour tous les SR du monde et même avec toute la bonne volonté possible, aucune partie ne serait alors en mesure de contrôler la situation. Ce que le sayyed ne dit pas, mais qui reste une carte importante entre les mains de l'opposition, c'est la possibilité de faire chuter le gouvernement actuel en renversant la majorité au Parlement. Le Premier ministre avait compté sur une intervention de la Syrie pour empêcher un tel scénario, tout comme il cherche à obtenir une couverture régionale et internationale au maintien de son gouvernement. Il a certes l'appui des États-Unis et de la France, mais il n'a pas pu obtenir une garantie syrienne et iranienne. Quant à la Turquie et au Qatar, ils ne feront pas pression sur Damas et Téhéran dans ce but. Ces capitales considèrent en effet que la protection de la Résistance est une condition indispensable pour le maintien de la stabilité au Liban. Damas aurait même récemment alerté le Hezbollah sur le fait que la publication de l'acte d'accusation serait imminente. Mais cette information est contestée par d'autres milieux de l'opposition qui estiment qu'après les révélations du site WikiLeaks sur les contacts entre le procureur Bellemare et les Américains, et celles concernant le contrôle par Israël du secteur des télécommunications libanais, un acte d'accusation crédible aura de plus en plus de mal à voir le jour rapidement. Les paris sont lancés, mais les enjeux deviennent chaque jour plus importants.

Selon plusieurs sources concordantes, les négociations syro-saoudiennes étaient sur le point d'aboutir à des résultats concrets à la veille de la maladie du roi Abdallah. Le scénario mis au point entre les capitales concernées par le dossier libanais se résumait comme suit : le document élaboré entre Damas et Riyad serait transmis aux parties libanaises pour qu'elles y inscrivent leurs remarques éventuelles. L'adjoint du secrétaire général du Hezbollah Hussein Khalil s'était d'ailleurs rendu à Damas à cet effet et il aurait ensuite remis à sayyed Hassan Nasrallah une copie du document, alors que de leur côté les autorités saoudiennes se chargeaient de le communiquer au Premier ministre...
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