Là, quelques précisions s'imposent, à la veille de la gigantesque bousculade qui ne va pas manquer de se produire. D'abord, il s'agit d'une candidature aux primaires que les socialistes comptent organiser, probablement en octobre prochain, pour désigner leur représentant (e) à la présidentielle prévue dans dix-sept mois - le dépôt des candidatures devant intervenir, en principe, en juin de la même année. Ce qui n'a pas empêché l'adversaire malheureuse de Nicolas Sarkozy à l'élection de 2007 de faire preuve d'un formidable aplomb, deuxième constatation, en annonçant son « ticket » : elle-même, bien évidemment, au sommet et Dominique Strauss-Kahn à la tête du gouvernement, parce que « la responsabilité d'un président de la République, c'est de prendre le meilleur ». À charge, pour elle, d'ordonner, pour lui, d'exécuter, aurait dit Jacques Chirac. Deuxième constatation : on comprend l'émoi, rue de Solferino, où l'on s'est longtemps accroché à l'illusion de ce pacte dont Martine Aubry parlait la semaine dernière, en faisant état d'un accord entre elle-même, DSK et Ségolène pour ne pas s'affronter dans une prébataille. Or, troisième constatation, non seulement il y a eu une sérieuse entorse à cette entente pas si cordiale, mais de plus la démarche, jugée prématurée par certains, de la présidente de Poitou-Charentes a accru les dissensions à l'intérieur d'un camp où l'on compte pas moins de six concurrents sur la ligne de départ. Quatrième point : l'ancien ministre de la Défense, le mitterrandien Paul Quilès, parle d'or lorsqu'il rappelle une vérité élémentaire, à savoir que le Français moyen, de gauche ou de droite, ne tient pas à savoir quel politicien est le mieux placé dans les sondages - les choix ne se font pas en fonction des zygomatiques de l'un ou de la mèche de l'autre - mais bien plutôt quel est son programme. C'est ainsi en démocratie, contrairement à ce qui se passe à l'Eurovision, ajoute le maire de Cordes sur Radio-Sud.
À ce propos, il n'est pas cruel de le souligner, l'ex-compagne de François Hollande a perdu son auréole d'enfant chérie des études de marché. Certes, elle battrait l'actuel locataire de l'Élysée si la présidentielle devait se dérouler aujourd'hui, mais elle viendrait loin derrière le directeur général du Fonds monétaire international (lequel recueillerait 62 pour cent des voix), la secrétaire générale du Parti socialiste, et avec sensiblement le même pourcentage que le prédécesseur de celle-ci.
Il faut comprendre la hâte mise par Royal à se déclarer. Battue par Sarkozy (ce qui n'ôte rien au fait que son score de 46,9 pour cent est plus qu'honorable), devancée d'une courte tête par Aubry lors du vote pour le choix de la direction du parti, boudée par l'opinion publique, il lui fallait montrer qu'elle continuait d'être de la partie. Son geste de mardi représente le cri - à la limite pathétique - de quelqu'un qui cherche à se rappeler au bon souvenir autant de ses pairs que de ses concitoyens. En un sens, elle aura fait œuvre utile, défrichant la voie, disent certains, obligeant « la diva » Strauss-Kahn à « mettre la main dans le cambouis » (l'image est du nouveau président du groupe UMP à l'Assemblée nationale Christian Jacob) et ripostant en quelque sorte au chef de l'État qui est déjà en campagne à en juger par le remaniement du cabinet Fillon, la désignation d'un successeur à Xavier Bertrand comme secrétaire général du parti et la mobilisation dans les rangs de ses troupes.
Une ombre au tableau s'impose d'elle-même : s'il est évident que l'« on n'entre pas dans une bataille à reculons », il est tout aussi vrai que le tir de Ségolène Royal représente en quelque sorte une contre-initiative. Ce qui n'est pas de nature à donner l'avantage à un parti battu à trois reprises consécutives dans la course à la magistrature suprême (1995, 2002 et 2007). Peut-être qu'il arrive au lièvre de gagner. Mais dans la fable de ce bon Monsieur de La Fontaine, il avait face à lui une tortue. Et nul ne s'aventurerait à voir en Sarko un chélonien politique.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef