Certains de ces documents sont très récents, puisqu'ils datent « du mois de février », ajoute le quotidien américain. D'autres documents, relatifs à des dirigeants en poste ou non, pourraient se révéler gênants pour de futures rencontres entre les États-Unis et ses partenaires.
La Maison-Blanche a condamné « dans les termes les plus forts » la publication « irresponsable et dangereuse » de ces documents, affirmant que l'initiative de WikiLeaks pourrait faire courir des risques mortels à des individus. « Que ce soit clair, de telles révélations font courir des risques à nos diplomates, aux membres de la communauté du renseignement et aux gens du monde entier qui font appel aux États-Unis pour les aider à promouvoir la démocratie et un gouvernement transparent », a affirmé le porte-parole du président Barack Obama, Robert Gibbs. Le New York Times a d'ailleurs affirmé avoir travaillé avec l'administration Obama pour définir les documents qui pourriaient « mettre en danger » des individus ou compromettre la « sécurité nationale ». « En commun, les cinq journaux ont soigneusement édité les textes bruts utilisés afin d'en retirer tous les noms et indices dont la divulgation pourrait entraîner des risques pour des personnes physiques », a précisé Le Monde.
Condamnation également du côté du Pentagone, qui a dénoncé le fait que des documents avaient été « illégalement obtenus » par WikiLeaks et affirmé avoir pris des mesures pour éviter que cela ne se reproduise. Il va être dorénavant impossible de copier sur des CD-Rom ou des clés USB des données depuis des ordinateurs du ministère de la Défense faisant partie de réseaux protégés « afin de réduire les risques futurs de voir un membre du personnel transférer des données classifiées sur des systèmes qui ne le sont pas », affirme un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman. Lorsque des données doivent être transférées sur des ordinateurs qui ne sont pas protégés, elles le seront par deux personnes à la fois pour « réduire les risques de divulgation non autorisée d'informations classifiées », poursuit M. Whitman.
Peu avant la publication des câbles diplomatiques, le dirigeant de WikiLeaks, Julian Assange, avait indiqué lors d'une visioconférence en Jordanie que les documents secrets américains concernent « tous les grands sujets ». « Ces 250 000 documents secrets émanent d'ambassades américaines dans le monde entier et nous avons déjà pu constater que la semaine passée, les États-Unis ont réagi en tentant d'amortir les effets que cela pourrait avoir », a-t-il dit. Les autorités américaines avaient prévenu plus d'une dizaine de pays, dont les alliés stratégiques que sont l'Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, Israël et la Turquie. Elles ont rejeté samedi soir toute négociation avec WikiLeaks, en affirmant que le site Internet spécialisé détenait ces informations en violation de la loi américaine.
Les premières fuites de WikiLeaks, en juillet sur l'Afghanistan, contenaient peu d'importantes révélations, et celles émanant d'Irak se concentraient en majorité sur des exactions commises entre différentes factions irakiennes. « Notre organisation a quatre ans d'expérience dans la publication de documents », a souligné M. Assange hier. « Autant que nous sachions, et autant que quiconque ait porté des accusations un tant soit peu crédibles, pas un seul individu n'a été mis en danger à la suite de quoi que ce soit que nous ayons publié. »

