Si les entreprises demandent et obtiennent plus facilement des fonds auprès de leurs banques, elles n'ont pas pour autant renoncé au marché, où la demande des investisseurs pour la dette privée est forte.
« On constate des émissions très nombreuses pour améliorer la part de financement issue du marché », souligne Félix Orsini, chef de l'organisation des obligations d'entreprises chez Société Générale.
Ces derniers mois, ArcelorMittal, Bouygues, Lafarge, Technip ou encore Total sont venus sur le marché emprunter entre 450 millions et 1,5 milliard d'euros.
« Les grandes entreprises arrivent à se refinancer pour des montants plus importants à des taux plus bas », observe Dominique Daridan, analyste crédit chez le courtier Aurel BGC.
EDF a ainsi levé 1,5 milliard d'euros à rembourser entre 15 et 30 ans, une échéance possible seulement sur le marché obligataire.
Les entreprises font preuve de beaucoup d'opportunisme, d'autant qu'un emprunt réussi permet de rassurer les actionnaires et de briller en Bourse.
Toutes les entreprises ne peuvent toutefois pas se permettre le luxe d'aller sur le marché, qui est réservé à celles qui peuvent emprunter au moins quelques centaines de millions d'euros et bénéficient d'une notation rassurante, sans compter les coûts des prospectus juridiques et les commissions bancaires.
Quelques entreprises non notées cèdent toutefois aux sirènes du marché, telles que le spécialiste de la monture de lunettes, l'italien Luxottica, qui a émis 500 millions d'euros à cinq ans en novembre, le papetier finlandais Ahlstrom, ou encore les français Compagnies des Alpes (tourisme), Galeries Lafayette (distribution) et Picard (alimentation).
Cette tendance à la diversification des sources de financement, issue de la libéralisation financière dans les années 1980, pourrait être renforcée par le nouveau cadre réglementaire dit de Bâle III. Les banques devront mobiliser plus de fonds propres en face de leurs prêts, ce qui pourrait les inciter à en distribuer moins.
Pour Philippe Dessertine, économiste et président de l'Institut de haute finance, « on met une pression forte sur les banques », ce qui renforce l'idée pour les entreprises qu'il est préférable d'aller sur le marché.
Les banques, en tant qu'intermédiaires financiers, restent toutefois incontournables pour les entreprises qui veulent accéder aux marchés.
Et les banques elles-mêmes ont intérêt à monter des émissions obligataires car ce type d'opérations ne mobilise pas de fonds propres.
Tirant les enseignements de la crise, certaines entreprises ont imaginé une troisième voie, qui passe par la création de leur propre banque, uniquement consacrée au crédit.
Ce projet, baptisé Corporate Funding Association (CFA), et qui pourrait voir le jour d'ici à 2012, rassemble pour l'heure une vingtaine d'entreprises, dont une majorité de grands groupes. « Ce serait une source intéressante et alternative de financement pour les entreprises moyennes non notées qui n'ont pas accès au marché », juge Richard Cordero, délégué général de l'AFTE, l'Association française des trésoriers d'entreprise.


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