Le secrétaire général du Hezbollah continue sur sa lancée, semant menaces et vociférations contre le TSL et ses suppôts, devançant un hypothétique acte d'accusation qui mettrait en cause son parti et/ou ses cadres.
Aurait-il des dons prémonitoires, l'acte d'accusation n'a pas été encore publié, comment le saurait-il, le petit oiseau lui aurait-il susurré quelque chose à l'oreille, ou effectivement il y a anguille sous roche.
Nul ne le sait, même pas lui, toutefois il aurait vraisemblablement reçu quelques échos, pensant qu'il serait plus sage de prévenir que de guérir, d'où cette dramatique fuite en avant, qui met non seulement le pays en danger, mais sa communauté en premier.
Il y a tellement de scénarios qui circulent en ville, il faut avouer que les Libanais à leurs heures ont l'imagination débordante, de ce fait je me contente de celui où le Hezbollah tenterait la gageure de, par une nuit sans lune, prendre manu militari les commandes de notre pays.
Possible, il est le seul à posséder un arsenal militaire bien fourni, qui en principe nous dit-on ne sera tourné que contre l'ennemi, or, à ce que je sache, ce dernier se nomme Israël, il se situe au Liban-Sud, non pas au Kesrouan, encore moins à Beyrouth, et certainement pas sur n'importe quelle parcelle de notre territoire national.
Soit, mais qu'adviendrait-il de notre pays, de sa population, le Hezbollah ne se contentant pas de vouloir libérer les hameaux occupés en 1967, mais jurant de libérer toute la Palestine spoliée depuis 1948, ce qui ne sera certainement pas un prêté pour un rendu, mais suivant la loi du talion, pour une dent, la mâchoire.
En d'autres termes, ce sera pour un missile envoyé, l'aviation et ses bombes, dont nous avons eu le loisir d'en goûter la nocivité, sinon la férocité gratuite, en 2006.
Et là, ce serait tout bonnement faire le jeu des Américains et a priori de l'État juif qu'abhorre tant le secrétaire général du Hezbollah, car finalement les USA ne sont pas Caritas, et la communauté juive américaine, la Société Saint-Vincent-de-Paul, ils en ont sans doute assez de soutenir financièrement un État pour qui paix est synonyme de guerre.
Le bellicisme à outrance s'installera entre l'État hezbollahi et l'hébreu, ce dernier entretiendra perpétuellement le syndrome de la peur à ses frontières, dosant savamment ses représailles armées, de manière à garder vivace cette menace, sans toutefois l'éradiquer, et partant pomper à l'infini, avec une facilite déconcertante, les millions de dollars en subsides.
Machiavélique comme histoire à dormir debout, mais tout à fait plausible, comme quoi le Hezbollah deviendrait pour Israël, la poule aux œufs d'or, qu'il se gardera donc bien de tuer.
Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, même si parfois la fiction devient réalité, elle l'est de courte durée, les contes de fées sont rares en politique, mieux vaut garder les pieds sur terre, ne pas tenter des aventures qui, comme on le dit en arabe, ne tiendraient pas sur un arc-en-ciel.
Je présume que le patron du Hezbollah est assez sage pour savoir que, si aventure il y a, ce ne sera pas, pour des raisons évidentes, une promenade de santé, déjà qu'au sein de sa communauté et ailleurs des voix s'élèvent pour dénoncer le roulement des tambours de guerre qu'il annonce, à chacune de ses apparitions présidentielles sur les chaînes des télévisions.
Emporté par sa méfiance des États-Unis et sa révulsion de l'État hébreux, que beaucoup partagent, le secrétaire général du parti de Dieu, qui voit des espions, des stipendiés et des conjurés partout, fait le jeu de ses ennemis et des nôtres, ceux-là pour qui le Liban, terre d'accueil, de liberté, modèle de tolérance et de convivialité par excellence, doit être coûte que coûte détruit.
Plus encore, il serait allé au-delà de leurs aspirations les plus profondes, il aura réussi à désacraliser la Résistance, la ramenant au niveau d'une vulgaire milice de quartier, alors qu'il y a quatre ans à peine elle faisait l'orgueil de tous les Libanais.
La raison de celui qui croit être le plus fort n'est pas toujours la meilleure, il faut savoir maîtriser la force, la mesurer, pas en nombre de missiles, de canon, de combattants, mais la domestiquer de manière à ce qu'elle reste d'utilité nationale, non qu'elle devienne un épouvantail inefficace et inerte.
Et ce n'est pas en menaçant de couper des mains qu'on amène ses contempteurs à de meilleurs sentiments, d'autant plus qu'on s'est placé soi-même, Dieu seul sait pourquoi, dans l'œil du cyclone.
Le Liban, même si géographiquement est un petit pays, est un gros morceau qui est toujours resté en travers de la gorge de tous ceux qui ont tenté de l'avaler, il a traversé les âges, et ce n'est pas demain la veille qu'il cessera d'être ce pourquoi il a été créé : carrefour du monde, terre de liberté, d'indépendance, de rencontre de toutes les religions et de toutes les civilisations.

