Les Égyptiens, dont 40 % vivent sous le seuil de la pauvreté, pourraient être nombreux à boycotter les législatives déjà entachées de violences et d’irrégularités. Amr Abdallah Dalsh/Reuters
Soixante-quatre sièges sur 508 en lice (soit 12 %) sont ainsi réservés à des candidates, les autres restant ouverts à des hommes (très majoritaires parmi les postulants) comme à des femmes. L'Assemblée sortante ne compte que huit femmes, dont seules trois ont été élues. Les cinq autres ont été nommées par M. Moubarak sur les dix sièges qu'il a le droit de pourvoir directement.
La nouvelle loi instaurant un quota pour les femmes au Parlement a été adoptée l'an dernier afin de renforcer leur rôle en politique, selon le gouvernement. Saluée par les officiels lors de son adoption comme un « évènement historique » pour les Égyptiennes, cette mesure sera en vigueur pour deux législatures de cinq ans. Après quoi, espère le gouvernement, il n'y aura plus besoin de discrimination positive. L'Égypte avait déjà instauré un quota de 30 sièges pour les femmes en 1979, mais il avait été jugé anticonstitutionnel par la justice en 1986 car discriminatoire. Depuis, la Constitution a été amendée.
Si de nombreux observateurs s'accordent pour juger que le quota est un « pas positif », d'autres s'interrogent sur les motivations du gouvernement. Ce quota « est un développement positif en ce qu'il peut aider à redresser la sous-représentation de longue date des femmes et mettre l'Égypte au niveau de la participation parlementaire féminine ailleurs dans le monde arabe », estime la fondation Carnegie, un centre de recherche américain. « Mais il ne représentera une avancée en termes de liberté politique que si les sièges sont librement disputés. Dans l'état actuel des choses, plusieurs observateurs craignent que les sièges réservés aux femmes ne soient qu'un instrument de plus à la disposition du PND pour contrôler l'Assemblée », ajoute la fondation. Khadiga Osmane, candidate du PND à Guizeh, au sud-ouest du Caire, balaie ces craintes d'un revers de la main. « Le parti est déjà très fort et plein d'hommes importants et brillants. Il n'a pas besoin des femmes pour renforcer sa position », affirme-t-elle. Mais pour Gamila Ismaïl, candidate indépendante qui a refusé de s'inscrire sur les listes réservées aux femmes, le parti au pouvoir « dupe les femmes et les utilise pour avoir une bonne image à l'étranger » et pour s'assurer « une majorité écrasante en vue de l'année difficile qui se profile », en allusion à la présidentielle de 2011. « Ce n'est pas une question de sexe. Les femmes participeront pleinement (à la vie politique) lorsque les hommes y participeront. Ils n'arrivent eux-mêmes pas à y participer dans le cadre de ce régime autoritaire et d'un processus électoral qui n'est pas transparent », selon elle.
Le Centre égyptien pour les droits des femmes, lui, estime que le nouveau quota est trop « bas », et rappelle que la précédente expérience de l'Égypte avec les quotas ne s'était pas révélée probante.

