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Moyen Orient et Monde - Le Point

Scrutin sans risques

Depuis deux semaines, le ton est à la consternation en Égypte. Quoi ? Les États-Unis réclament des observateurs étrangers pour superviser les opérations de vote, dimanche prochain ? Non, mais... Et de rappeler que des consultations générales se déroulent dans le pays depuis 1824 et que, si les partis politiques ont été interdits entre 1952 et 1977, il n'en reste pas moins que la bataille a été souvent serrée. Comment dites-vous ? Avec un petit coup de pouce au bon moment, au lieu idoine et en faveur du candidat de l'État ? Le jeu démocratique, c'est cela aussi.
En théorie, les scrutateurs bénévoles sont nombreux, avec non moins de 14 000 demandes déjà présentées, qui attendaient jusqu'à la semaine dernière l'aval d'un Haut Comité plutôt avare de ses autorisations. La dernière fois, l'accord final avait été obtenu in extremis et au compte-gouttes, sans toutefois que les inspecteurs chargés de surveiller les urnes en soient avisés. L'autre artifice qui a fait ses preuves par le passé consiste, selon la Carnegie Endowment for International Peace, à déployer un cordon d'agents de l'ordre autour d'un bureau de vote, dans une circonscription âprement disputée. D'où un filtrage sévère - on vous laisse deviner en faveur de quel candidat - et des contestations sans aucune suite.
Résignés et dans l'attente de jours meilleurs, deux formations de moyenne importance, al-Ghad et le Front démocratique, ont choisi de boycotter la journée du 28 novembre, laissant le Parti national démocrate seul en lice, face à un dinosaure, le Wafd, et aux (relativement) jeunes du Tagammou'. Mohammad el-Baradei leur a emboîté le pas, convaincu que, sans un vaste courant populaire, il ne lui sera pas possible d'opérer le changement qu'il prône depuis son retour au pays. L'ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, tout auréolé de son Nobel de la paix, semble avoir mis un sérieux bémol à ses ambitions présidentielles et, lâché par un nombre sans cesse croissant de partisans, ne se voit plus en sauveur de la patrie.
Bien sûr, il y a aussi les Frères musulmans qui ont eu droit, eux, à un traitement qui n'a jamais cessé par le passé de faire ses preuves. Officiellement, la confrérie fondée par Hassan el-Banna demeure interdite, mais ses membres peuvent se présenter sous l'étiquette d'« indépendants », sans recourir, comme en 2005, au slogan « l'islam est la solution ». Ils n'en sont pas moins harcelés par la police, pourchassés, arrêtés l'espace d'un temps, histoire de leur ôter toute envie de s'essayer au petit jeu de la liberté d'expression. Le régime a laissé entendre que, cette fois, il ne laissera pas se répéter l'anomalie constituée par le précédent de 2005, quand les Frères musulmans ont enlevé 88 sièges, soit vingt pour cent de l'Assemblée. D'où ces temps-ci, la multiplication des heurts avec les forces de l'ordre, particulièrement dans le delta du Nil, au cœur du Ikhwanland représenté par le Nord, mais aussi à Alexandrie et dans diverses grandes villes, ponctuant des manifestations auxquelles participent des milliers de personnes, qui débouchent immanquablement sur des bagarres avec des Coptes.
Autant de coups de canif qui n'empêchent pas le président Hosni Moubarak (82 ans dont vingt-neuf au pouvoir, une santé chancelante depuis une intervention chirurgicale qualifiée de bénigne en mars de cette année, pas de successeur désigné, encore que son fils passe aux yeux de tout le monde pour l'héritier présomptif) de promettre des législatives « libres et transparentes », un exemple pour le Proche-Orient.
Dans trois jours donc, ils seront plus d'une trentaine de millions de votants à se rendre aux urnes pour désigner 508 des 518 membres, dont 64 femmes, du Majliss el-Chaab (les dix membres restants sont nommés par le président de la République). Dans un pays où le taux de participation n'a jamais excédé les 25 pour cent, le PND est assuré d'avoir, sinon la majorité - lors des deux dernières consultations, il n'a pu réaliser cet exploit - mais le plus grand nombre d'élus. Quelques jours plus tard, une cohorte d'« indépendants » se hâtera de basculer dans le camp « officiel » pour assurer l'apport indispensable à un bon exercice d'une « saine démocratie ». La série d'amendements introduits en 2007 en représentent l'indispensable garant. Le régime peut compter en outre sur l'attrait qu'exerce le titre tant convoité de représentant du peuple.
Après la rebuffade de la mi-novembre, Washington s'apprête, semble-t-il, à revenir à la charge. Stephen McInerny, l'un des directeurs du think tank « Project on Middle East Democracy" (Pomed),     appelle, dans une interview au journal al-Masri al-Yom, l'administration Obama à exiger de l'Égypte une consultation population affranchie de toute pression étatique.
Bien dit ! Sinon ?...
Depuis deux semaines, le ton est à la consternation en Égypte. Quoi ? Les États-Unis réclament des observateurs étrangers pour superviser les opérations de vote, dimanche prochain ? Non, mais... Et de rappeler que des consultations générales se déroulent dans le pays depuis 1824 et que, si les partis politiques ont été interdits entre 1952 et 1977, il n'en reste pas moins que la bataille a été souvent serrée. Comment dites-vous ? Avec un petit coup de pouce au bon moment, au lieu idoine et en faveur du candidat de l'État ? Le jeu démocratique, c'est cela aussi.En théorie, les scrutateurs bénévoles sont nombreux, avec non moins de 14 000 demandes déjà présentées, qui...
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