Près de 3 000 chrétiens égyptiens ont violemment manifesté hier contre l’interdiction de construire une église dans un quartier du Caire. Asmaa Waguih/Reuters
Un manifestant de 19 ans, Makarios Gad Chokr, a été tué, selon les services de sécurité. D'après des témoins et MENA, il a été tué par balle. L'origine du tir n'était pas encore connue. Au moins 35 personnes ont également été blessées - 15 manifestants et 20 policiers - dans les heurts à Talibiya, un quartier du sud-ouest du Caire non loin des pyramides de Guizeh, selon un bilan officiel. Selon une source au ministère de la Santé, 48 manifestants ont dû être hospitalisés. Le procureur général Abdel Meguid Mahmoud a indiqué de son côté que 133 personnes avaient été arrêtées.
Le gouverneur de Guizeh, Sayyed Abdel Aziz, a assuré en début d'après-midi que la situation était « parfaitement maîtrisée ». « Le problème a commencé lorsque certains ont tenté de transformer un centre communautaire en église, avec la construction d'une coupole », a-t-il indiqué. « Les gens du quartier se sentent discriminés. Pourquoi nous empêchent-ils de bâtir une église ? Chaque rue a sa mosquée, et il y a une mosquée à côté de chaque église », a lancé l'un des manifestants, Samih Rachid. L'institution d'al-Azhar du Caire, le plus ancien centre d'enseignement et de diffusion de l'islam sunnite, s'est déclarée « consternée » par cette violence et a appelé dans un communiqué les Égyptiens à « rester attachés à leur unité nationale et à respecter la loi ».
Ces affrontements provoqués par un problème confessionnel viennent alourdir un climat déjà marqué par des tensions politiques à l'approche des élections législatives de dimanche. Les Coptes, ou chrétiens d'Égypte, constituent la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient et l'une des plus anciennes. Ils représentent de 6 à 10 % de la population égyptienne, dans sa grande majorité de confession musulmane sunnite. Ils se plaignent régulièrement d'être marginalisés au sein de leur propre pays, en particulier en ce qui concerne l'accès à la fonction publique. Ils protestent notamment contre des dispositions légales, héritées de l'époque ottomane, très contraignantes pour construire ou agrandir des églises.
La construction d'églises a déjà par le passé provoqué des tensions entre communautés copte et musulmane, et des incidents surviennent régulièrement pour divers motifs.
Le 16 novembre, des musulmans avaient mis le feu à des habitations de la famille d'un Copte après des rumeurs de flirt avec une musulmane. Au début du mois, la communauté copte a été menacée par un groupe irakien proche d'el-Qaëda, au motif que deux chrétiennes converties à l'islam seraient séquestrées dans des monastères. Et en janvier dernier, six Coptes ont été tués par des hommes armés à la sortie d'une messe en Haute-Égypte.

