Le Premier ministre irlandais, Brian Cowen, a défendu le plan de rigueur, qui « permettra de relancer la confiance », selon lui. Peter Muhly/AFP
Certaines des mesures annoncées, visant à diviser par dix un déficit public astronomique d'ici à 2014, pourraient sembler particulièrement douloureuses pour les 4,3 millions d'Irlandais, déjà éprouvés par un chômage record et plusieurs plans de rigueur successifs, et qui vivent comme une humiliation l'appel à l'aide internationale.
Ainsi, parmi les économies prévues, les dépenses sociales baisseront de 2,8 milliards d'euros d'ici à 2014. Parallèlement, 24 750 emplois publics seront supprimés. Plus spectaculaire encore, le salaire horaire minimum sera abaissé de 8,65 à 7,65 euros. Et une taxe sur l'eau sera instituée pour la première fois. Du côté des revenus supplémentaires, le taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) doit augmenter de 21 % à 22 % en 2013, puis à 23 % en 2014, une ponction qui sera ressentie par chaque Irlandais et sera forcément impopulaire. En revanche, le gouvernement est resté inflexible sur le maintien à 12,5 % du taux d'imposition des sociétés, refusant de céder aux demandes de pays comme la France ou l'Allemagne qui souhaitaient son relèvement. « J'espère que ce plan permettra de relancer la confiance et sera une étape marquante sur la voie de la reprise », a déclaré le Premier ministre, Brian Cowen, lors d'une conférence de presse. « Nous devons tous accepter de partager le fardeau afin de pouvoir collectivement partager les fruits qui découleront, sans aucun doute, de nos efforts actuels », indique le document gouvernemental.
L'objectif est de ramener, comme l'exige l'Union européenne (UE), le déficit public à 3 % du produit intérieur brut (PIB). Ce dernier s'est envolé à 32 % du PIB cette année, en raison des quelque 50 milliards d'euros que l'État a dû injecter dans ses banques afin de leur éviter la faillite après l'éclatement de la bulle immobilière. Le plan de rigueur était présenté comme un préalable incontournable à l'octroi d'une aide de l'UE et du Fonds monétaire international (FMI), en cours de mise au point, et qui devrait tourner autour de 85 milliards d'euros.
L'aide à l'Irlande est conditionnée à « des mesures à prendre pour que le pays revienne sur le chemin de la stabilisation » de ses finances publiques, a rappelé hier la chancelière allemande, Angela Merkel.
Des « désordres sociaux » sont à prévoir, a estimé Eamon Devoy, un responsable du TEEU, un des principaux syndicats du pays qui appellent à une manifestation massive samedi.
Ces organisations comptent sur un mouvement du type de celui qui secoue le Portugal, paralysé hier par une grève générale contre des réductions de salaires et hausses d'impôts.
Hier matin, le ministre des Transports, Noel Dempsey, a découvert un immense « Traîtres » barrant en lettres rouges la façade de sa permanence locale. La crise financière se double d'une crise politique : le Premier ministre, Brian Cowen, confronté au risque d'implosion de la coalition qu'il dirige, a été contraint lundi d'annoncer des élections anticipées pour l'année prochaine. Il espère ainsi bénéficier du sursis nécessaire pour permettre le vote du budget de rigueur qui sera présenté au Parlement à partir du 7 décembre. L'opposition continue cependant à appeler à sa démission.


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