Le général Aoun s'exprimait sur ce plan lors d'une conférence de presse à Bnacheï (Zghorta), tenue conjointement avec M. Frangié, à l'issue d'une rencontre entre les deux hommes.
Une importante délégation du Bloc du changement et de la réforme accompagnait le général, comprenant le ministre Gebran Bassil, et les députés Ziyad Assouad, Nabil Nicolas, Abbas Hachem, Edgar Maalouf, Ibrahim Kanaan, Alain Aoun et Walid Khoury.
Interrogé sur l'état de mort clinique du Conseil des ministres, le général Aoun a déclaré : « Il y a des sujets qui doivent être tranchés. Un État ne peut être édifié sur des positions confuses lorsqu'il s'agit de questions décisives. Ne pas clarifier ces positions reviendrait à vouloir aggraver la situation. »
« On peut dire du moins que l'absence de réunion du Conseil des ministres est de nature à stopper l'aggravation des choses », a-t-il dit, avant d'ajouter : « Nous ne voulons pas placer des policiers pour séparer les ministres pendant les séances gouvernementales. La dernière fois, nous sommes arrivés à un point où le chef du gouvernement s'est laissé aller à un comportement indigne de lui lorsqu'il a lancé des menaces à l'adresse d'un ministre parce que ce dernier a évoqué Israël durant la réunion. »
Prié de dire plus explicitement si les membres du gouvernement proches du CPL ne participeraient pas au Conseil des ministres avant le règlement du dossier dit des « faux témoins », il a répondu : « Non, nous n'y participerons pas, pas plus qu'au dialogue (national). C'est une position personnelle. » À ce stade, M. Frangié a interrompu le général pour dire : « Nous sommes à vos côtés sur ce point. »
S'efforçant de justifier sa position, le général Aoun a poursuivi : « Cela fait quatre ans que nous discutons de stratégie défensive et de la légitimité ou pas des armes de la résistance. Moins de quarante minutes de discussions ont suffi aux Européens pour qu'ils comprennent que les armes de la résistance sont légitimes. C'est un droit naturel du fait de l'occupation israélienne de notre territoire. Le jour où la résistance a commencé, il n'y avait pas d'armée libanaise, et jusqu'à cet instant, l'armée est incapable d'affronter Israël. Pourquoi n'a-t-il fallu que quarante minutes aux Européens pour comprendre cela alors que chez nous, quatre ans ont passé à la table de dialogue et on n'a toujours pas compris ? »
Interrogé sur les alternatives envisagées par l'opposition en cas d'impasse prolongée, le général Aoun s'est refusé à toute précision : « Nous ne révélerons rien pour le moment, mais nous disposons de toutes les données et nous sommes en mesure de décider en quelques heures de la sortie de l'impasse. Je ne veux pas imaginer des scénarios car je ne suis pas (le député) Okab Sakr. »
S'agissant de sa visite à Paris, le chef du CPL a nié que les responsables français qu'il y a rencontrés aient fait part d' « idées nouvelles ». « Ils ont écouté nos idées et pris connaissance de nos positions, et cela suppose une ouverture nouvelle de leur part et une révision des positions passées », a-t-il dit.
Sur un autre plan, le général Aoun a souligné la solidité des relations entre le CPL et les Marada. « Rien ne nous sépare », a-t-il affirmé.
Frangié : Une alliance « éternelle »
De son côté, M. Frangié a noté que durant la période écoulée, « nombreux étaient ceux qui misaient sur un refroidissement des relations » entre le CPL et les Marada. « On a même pensé qu'il y avait désormais un écart dans les positions entre nous », a-t-il dit. Et d'ajouter : « Le général et nous ne sommes pas des clones, mais ce qui nous rassemble est bien plus important que ce qui nous sépare. Notre alliance est éternelle. »
« Cela ne signifie pas que nous sommes dans l'incapacité de nous entendre avec d'autres, a relevé le chef des Marada. Nous pouvons nous entendre avec tout le monde, mais dans le cadre de nos convictions et de notre ligne politique. Certains au Liban croient que du fait de parler avec quelqu'un, cela signifie qu'on a abandonné ses alliés parce qu'on est passé d'une phase à une autre. Nous nous adaptons à toutes les phases, mais nous n'abandonnons jamais nos alliés et ceux qui se sont rangés à nos côtés dans les circonstances difficiles. Qu'en serait-il alors lorsqu'il s'agit du général Aoun, qui a consolidé la ligne politique sur laquelle nous nous sommes fondés et dont nous avons payé le prix, cette ligne que lui-même dirige sur la scène chrétienne ? » a-t-il dit.
Affirmant que « personne ne souhaite une explosion » dans le pays et que « nul ne veut descendre dans la rue », le député de Zghorta a toutefois accusé implicitement le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, d'entretenir les tensions interchrétiennes. « Lorsqu'on évoque les désaccords entre chrétiens, on évoque un individu bien déterminé car sans lui, qui donc en parlerait ? » a-t-il dit.
« En tout état de cause, a poursuivi M. Frangié, ce qui est visé, ce n'est pas un conflit entre chrétiens, mais entre sunnites et chiites car cela est de nature à rassurer Israël. » Se déclarant favorable aux efforts syro-saoudiens, il s'est dit hostile à « tout conflit au Liban et à tout scénario de guerre ». « Nous avons une armée et un État, et ils sont en mesure de contrôler la sécurité », a-t-il assuré.

