Q. Quels sont les problèmes identifiés sur le plan médical concernant le don d'organes ?
R. Les problèmes sont de deux niveaux. Le premier peut être résolu rapidement, en quelques mois ou en deux ans. Il consiste à faire changer le mode de pensée médical en expliquant qu'au XXIe siècle, la seule façon pour une personne d'être déclarée morte, c'est d'avoir le cerveau totalement détruit, quelle que soit la cause de cette destruction : arrêt cardiaque, traumatisme crânien, hémorragie cérébrale, intoxication, infection ou autre. Au niveau des professionnels de soins, la tâche sera relativement facile, d'autant que la culture médicale moderne a intégré cette notion de mort cérébrale.
C'est au niveau de la société qu'un travail de plus longue haleine doit être effectué et peut durer plusieurs années. Il s'agit de faire admettre à la société libanaise un changement culturel considérable concernant la mort. En effet, pour l'être humain, la mort correspond depuis la nuit des temps à l'arrêt de la respiration et des pulsations cardiaques, au refroidissement puis à la décomposition du corps, etc. Or la notion de mort cérébrale est beaucoup plus récente dans l'histoire de l'humanité.
À quand remonte la notion de mort cérébrale ?
La notion de mort cérébrale date des années 1960. Il a fallu pour cela qu'on invente de nouvelles techniques médicales, comme les respirateurs, et de nouveaux services, notamment celui de la réanimation. Les malades qui bénéficiaient à l'époque de ces techniques souffraient parfois de problèmes neurologiques graves. Donc, si on les laissait dans le coma sans assistance respiratoire, ils risquaient de s'asphyxier. Il fallait donc les brancher sur des respirateurs. Or ces machines permettent d'oxygéner le cœur et de faire durer sa fonction. Si pendant ce temps, le cerveau se détruit complètement, on se trouve devant une nouvelle situation. Le patient ne se réveillera jamais et ne sera jamais autonome pour la respiration. Toutefois, son cœur continuera de battre et ses organes resteront irrigués de manière artificielle. C'est ce qu'on a appelé, dans les années 1960, le coma dépassé. Les médecins se sont aperçus à l'époque que les patients qui se trouvaient dans cette situation finissaient par avoir un arrêt cardiaque, malgré le respirateur. Ils ont fini par lier le rôle du cerveau au reste de l'organisme. Celui-ci est donc l'organe fondamental définissant la mort, et non le cœur. D'ailleurs, dans les chirurgies cardiaques, on arrête souvent le cœur des patients pour pouvoir opérer. On ne signe pas pour autant un certificat de décès, parce que durant l'opération, on va continuer à irriguer le cerveau d'une manière artificielle.


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