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Il ne s’agit pas d’intégrer, mais d’accorder des droits égaux aux Roms - Reportage

Viscri, ou la renaissance d’un village roumain quitté par les Saxons

Habitant aux environs du village, des Roms ont déménagé dans certaines de ces maisons traditionnelles et ont appris à les restaurer.

Les balades en carriole font le plaisir des milliers de touristes qui visitent le village de Viscri, en Roumanie. Photo/Karina Knapek/AFP

Caché dans une région solitaire et rurale, Viscri semblait promis au déclin quand ses habitants saxons, installés depuis le XIIe siècle en Roumanie, émigrèrent en masse vers l'Allemagne, à la chute du communisme, en 1989.
Aujourd'hui, alors que la chancelière allemande Angela Merkel vient d'effectuer récemment une visite en Roumanie, ce village est une référence en matière de tourisme durable et de préservation du patrimoine grâce à une poignée d'Allemands qui restèrent et à ses nouveaux habitants roumains, dont plusieurs d'origine rom.
En 2009, 11 000 touristes du monde entier sont venus découvrir l'église fortifiée de Viscri, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, et ses maisons aux façades pastel.
La fin du communisme et des restrictions de voyage, après des années de pénurie, avait pourtant vidé Viscri de ses Roumains d'origine allemande. « En janvier 1990, ils étaient 300, en décembre, seulement 68 », raconte Caroline Fernolend, une des rares Saxonnes restées dans ce bourg de 400 âmes. Abandonnées, leurs maisons commencèrent à se délabrer et le village périclita.
« Puis, des Roms qui vivaient en périphérie ont déménagé dans certaines de ces maisons traditionnelles et ont appris à les restaurer », poursuit Mme Fernolend, vice-présidente de la Fondation Mihai Eminescu qui œuvre à préserver l'héritage culturel tout en soutenant des activités économiques durables pour les habitants.
Encouragés à développer le tourisme rural par le biais de chambres et tables d'hôte ou de balades en carriole, les habitants, Roumains roms, non roms, d'origine hongroise ou allemande ont fait revivre le village. « Nous avons commencé avec une chambre d'hôte. Aujourd'hui, nous en avons trois. Les touristes apprécient la cuisine traditionnelle, le fromage fait avec le lait de nos brebis », expliquent Maria et Eugen Panait qui gagnent ainsi un revenu décent.
Maria encourage aussi les femmes du village à arrondir leurs fins de mois en tricotant des chaussettes de laine vendues en Allemagne, même si avec la crise les commandes ont chuté de 12 000 à 2 000 paires par an.
La Fondation Eminescu contribue aussi à la renaissance de l'artisanat. Gheorghe Lascu, 47 ans, a repris le métier de son grand-père et fabrique briques et tuiles traditionnelles. Dans un imposant four, chauffé nuit et jour durant près d'une semaine par un savant feu de bois, il « cuit » sa production, destinée à rénover les maisons saxonnes des alentours.
Gheorghe et sa femme Dorina moulent à la main briques et tuiles avec de la terre de Viscri, une des meilleures, selon des experts britanniques qui les conseillent. « S'il n'y avait pas ça, on vivrait difficilement », confie Gheorghe, « fier » de ce métier et de sa maison, près de son atelier.
Les deux frères Matei et Istvan Gabor, 32 ans et 28 ans, sont forgerons, un métier appris de leur grand-père. Dans leur atelier, ils fabriquent gonds, serrures et chandeliers. Ils sont parmi les seuls du village à se revendiquer Roms, « même si avant l'ethnie, on est surtout des êtres humains », dit l'un d'eux.
D'après la Fondation Eminescu, une grande partie des habitants de Viscri refusent de reconnaître leurs origines roms par crainte de stéréotypes négatifs, même si le village constitue un exemple positif de coopération entre communautés. En Roumanie, par peur des discriminations selon les ONG, seulement 530 000 personnes se sont déclarées roms au recensement sur une communauté estimée à 2,5 millions. « Nous, on est fiers de savoir que nos ferronneries sont dans l'église de Viscri », patrimoine de l'humanité, disent les frères Gabor qui se disent « roms traditionnels ».
Caché dans une région solitaire et rurale, Viscri semblait promis au déclin quand ses habitants saxons, installés depuis le XIIe siècle en Roumanie, émigrèrent en masse vers l'Allemagne, à la chute du communisme, en 1989.Aujourd'hui, alors que la chancelière allemande Angela Merkel vient d'effectuer récemment une visite en Roumanie, ce village est une référence en matière de tourisme durable et de préservation du patrimoine grâce à une poignée d'Allemands qui restèrent et à ses nouveaux habitants roumains, dont plusieurs d'origine rom.En 2009, 11 000 touristes du monde entier sont venus découvrir l'église fortifiée de Viscri, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, et ses...