Inutile de se cacher derrière les promesses, les discours ronflants, les chiffres gonflés et surtout les apparences. L'enfance au Liban souffre, dans sa grande majorité, comme elle souffre dans tout le monde arabe. Les chiffres sont éloquents ! L'Unicef a révélé au Caire, début novembre, que 90 % des enfants de la région MENA sont victimes de violences et d'abus en tout genre. Le Liban est loin d'être une exception dans ce sens.
Il suffit de se promener sur les grands axes de la capitale, pour observer les enfants des rues, sales, pieds nus et déguenillés, forcés à la mendicité par des parents peu scrupuleux. Qu'importe si ces enfants sont syriens, palestiniens, kurdes, libanais ou apatrides. Ils se trouvent sur le sol libanais et souffrent. Abandonnés, mal nourris, victimes d'abus en tout genre, respirant à pleins poumons les pots d'échappement des véhicules, ils affrontent au quotidien les dangers sur les routes libanaises. Cible régulière des forces de l'ordre qui leur donnent la chasse et les sanctionnent, ils n'ont souvent pas d'autre alternative que la rue. Car aucune loi ne les protège. Car aucun processus n'est mis en place pour empêcher le trafic d'enfants, notamment à la frontière libano-syrienne.
L'enfance qui travaille est tout autant malmenée, mais nettement moins visible. Garagistes en herbe, apprentis menuisiers, enfants du tabac, « bonnes » à tout faire, ils tentent, avec des salaires de misère, d'arrondir les difficiles fins de mois de leurs parents. Ont-ils seulement le choix, ces petits bouts d'hommes et de femmes, qui s'épuisent à la tâche à longueur de journée, pour satisfaire des adultes dont la productivité est le seul credo ? Privés d'école, privés de jeux, privés d'hygiène, privés de tout, ils manipulent de leurs mains encore maladroites, des outils, équipements et produits des plus dangereux. Mais qui s'en soucie vraiment ?
Qui se soucie aussi des milliers de petits sans papiers, privés d'identité, et par le fait même, de soins et d'instruction, des enfants non vaccinés, des jeunes victimes d'abus sexuels, des petits soldats qui côtoient de trop près les combattants et à qui l'on donne souvent des armes ?
L'enfance en souffrance au pays du Cèdre, c'est aussi ces milliers d'élèves en situation de décrochage scolaire, qui désertent l'école parce qu'ils sont trop âgés pour redoubler et qui, du coup, se retrouvent sans perspectives d'avenir. Montrées du doigt, entre autres, l'incompétence des enseignants, mais aussi parfois leur violence, verbale ou physique, alors que les choses ne bougent pas vraiment.
Que dire enfin de l'éducation ? Une éducation souvent violente, qui tolère encore la fessée et la correction physique, voire la menace, les cris et les insultes. Une éducation par la violence pousse nécessairement la jeunesse d'abord et la société ensuite à la violence. Il suffit de constater la spirale guerrière dans laquelle nous sommes entraînés depuis des décennies.
Les promesses ne suffisent plus. L'enfance au Liban a plus que jamais besoin d'action. Non pas d'une action orpheline, menée par tel ou tel ministère. Mais d'une action globale, conjointe, planifiée à l'échelle nationale, rien qu'au service de l'enfance.
Une véritable utopie, à l'heure où nos politiciens sont incapables d'échanger quelques mots sans s'insulter...


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