Notre maladie héréditaire, contractée au cours de ces cinquante années de suspense, entre guerre et paix, s'appelle l'angoisse.
Il y a certains politiciens qui ne respectent pas notre état maladif et qui, chaque semaine, nous sortent une nouveauté qui remet nos nerfs en boule.
Aujourd'hui, tout le Liban est suspendu aux lèvres de Hassan Nasrallah qui, après une petite période de calme, nous débite l'un de ses discours, mi-figue, mi-raisin, qui nous laisse pantois et ravive nos querelles, tout en nous laissant, dans sa magnanimité, le choix entre s'adapter à ses desideratas ou attendre le moment fatal.
À part ses qualités d'orateur qui sont inégalables, il a une façon unique de lier tous les problèmes du Liban à notre ennemi irréductible, Israël.
Aujourd'hui, d'après ses dires, le CV de chaque Libanais est dans les dossiers d'Israël, qui pousse l'indécence jusqu'à fouiller dans le dossier gynécologique de nos conjointes.
Arrêtons ces menaces voilées, et mettons les choses au clair.
Si, comme le suppose le grand timonier libanais de l'empire perse, notre destin est déjà tracé, si nous ne suivons pas ses conseils, nous devons en premier lieu rompre toutes nos relations internationales avec le Tribunal spécial pour le Liban, et l'ONU, et de plus, comme le suggérait il n'y a pas très longtemps l'un de ses lieutenants, considérer tout étranger visitant le Liban comme un espion potentiel.
La seule façon de vivre heureux, c'est de rentrer en nous-mêmes et vivre comme il y a plus de mille ans, dans la prière et le sacrifice.
Israël, voyant toutes nos relations, humaines et téléphoniques, coupées avec ce morceau de terre qu'il convoite depuis la nuit des temps, n'aurait plus qu'une seule solution : se convertir à notre nouvelle formule, nous rendre les fermes de Chebaa, livrer leur territoire aux Palestiniens, et ses ressortissants prendre eux aussi les voiles, mais pour voyager vers cette Amérique inhumaine, cause de tous les maux.
Et le Liban retrouverait sa liverté et sa joie de vivre en s'alignant sous le drapeau perse, qui prodigue à longueur d'année amour et miséricorde, bien entendu pour ceux qui auront compris le message. Pour les autres, il reste, comme en Iran, les prisons pour réfléchir.

