« Sarkozy n'est pas mon mentor » : on n'a pas oublié la saillie, lors d'une intervention sur France 2 fin septembre dernier, de l'ombrageux président du Conseil. Il répondait ainsi, à retardement, à celui qui l'avait traité des mois auparavant de « collaborateur ». Il précisait avoir « choisi de l'aider à être président de la République ». Rien n'indique qu'en le gardant à ses côtés, le chef de l'État l'a pour ainsi dire scratché potentiel de l'horizon 2012. Au contraire, il pourrait trouver en lui, le jour venu, un adversaire qui n'aura fait entre-temps que peu de faux pas, sinon aucun, et qui saura se démarquer de lui le moment venu.
Poour l'heure, on se calme ! Prise, comme tous les autres pays, dans le tourbillon d'une épuisante crise mondiale, empêtrée dans les mille et un problème créés par les mille et une initiatives de son chef, la France avait besoin de souffler. C'est qu'il est difficile de continuellement donner le vertige à un peuple, tantôt avec des réformettes et tantôt avec des promesses que l'on sait impossibles à tenir. Résultat : c'est le sens de la mesure de Matignon qui a fini par prévaloir et l'on ne peut, surtout dans la conjoncture internationale, que s'en féliciter. Il est bon de savoir raison garder, comme le prouvent les réactions décousues d'une gauche qui apparaît plus que jamais à court d'idées.
Désormais, c'est utile, on sait à quoi s'en tenir. Parce qu'il joue sa réélection dans dix-huit mois, Nicolas Sarkozy devait aux siens (et à lui-même) d'être clair. La barre vient d'être mise à droite avec notamment le retour en force d'Alain Juppé, le « meilleur d'entre nous », comme le répétait Jacques Chirac, ou encore le choix de Michèle Alliot-Marie comme ministre des Affaires étrangères. La tâche de l'électeur en sera facilitée demain ? Nul ne songerait à s'en plaindre dans un monde bipolarisé où le juste milieu n'a plus place.
La fin de l'ouverture est tellement marquée qu'ont été éclipsés les représentants du centre et ceux issus de l'émigration. Exit donc Jean-Louis Borloo - la nouvelle coiffure n'aura pas longtemps servi... - qui, boudeur, n'a pas voulu du Quai d'Orsay alors qu'on lui avait fait miroiter la perspective de succéder au chef du gouvernement. Il a été suivi par Hervé Morin, dont le passage au ministère de la Défense ne laissera pas un souvenir mémorable. Exit aussi Fadela Amara et Rama Yade. La première, hier figure de proue du mouvement « Ni putes ni soumises », incarnait le rêve algérien devenu réalité. Elle vient de faire le point de son impuissance à surmonter les haies que l'on s'est acharné à multiplier sur son chemin. La seconde, incarnation de l'éclatante revanche d'une ancienne colonie, le Sénégal, n'est jamais parvenue, malgré des records au baromètre de la popularité, à se faire admettre dans le club très fermé des droits de l'homme puis au secrétariat d'État aux Sports.
Plus divisée que jamais, la famille centriste se cherche au lendemain de sa mise à l'écart. Le Parti radical de l'ex-ministre de l'Écologie, le Nouveau Centre de Morin et le Modem de François Bayrou en sont encore à chercher un dénominateur commun, plutôt improbable depuis que le troisième homme a réitéré sa détermination à être sur la ligne de départ de la présidentielle et tant recommence à se faire insistante la voix de la sirène Ségolène Royal.
Reste la grande hantise du président, cette extrême droite d'autant plus dangereuse qu'elle n'est plus guidée par une figure facile à éclipser, Jean-Marie Le Pen - on l'a bien vu un fameux 21 avril 2002 quand, Lionel Jospin écarté, Chirac l'emporta par un écart de rêve -, mais par Marine, la fille de celui-ci. Lors de la campagne 2007, il avait suffi à Sarkozy de s'approprier certaines des idées du Front national. Cette fois, il ne pourra rééditer ce tour de passe-passe sans risquer de perdre une partie de son électorat dit modéré. On voit un peu de quel côté il envisage de se tourner quand on note la suppression d'un département qui avait suscité, jusqu'à tout récemment, maints remous : celui de l'Immigration et de l'Identité nationale, dont le titulaire est affecté à l'industrie et à l'économie numérique.
Après tout, peut-être que Cécile Duflot n'a pas tort de parler de l' « épisode 125 du soap opéra, en attendant l'épisode 126 ». Sauf que, dûment savonnée, la planche peut s'avérer glissante pour plus d'un et pas nécessairement pour le seul 23e président.


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