L'auteur nous fait revivre, à travers sa vie théâtrale et personnelle, ces années de guerre meurtrières qui ont changé la face du Liban jusqu'à le rendre méconnaissable. On peut lire l'histoire de cette période dans ses pièces de théâtre, qui relèvent les traits marquants de la société au fil des années. On peut déceler l'évolution de cette société à travers ces descriptions qui nous dirigent irréversiblement vers notre société actuelle tellement différente et qui continue à se chercher.
La lecture de ce livre, page après page, nous promène dans ses théâtres, certes, mais aussi dans le « théâtre de la réalité », dans une langue qu'on a plaisir à lire tant les mots et les phrases, si justes, ont été choisis avec soin.
Rarement on a vu une carrière aussi riche et aussi « sérieuse » dans l'univers du rire. Il a trouvé une formule que nul autre n'avait trouvé auparavant ; d'ailleurs, il la décrit lui-même en décrivant « Abou-Calypse »; « ni théâtre de chansonniers, ni vaudeville, ni show à l'américaine », mais « dans la lignée de ce j'appelle le théâtre-compromis, ce compromis emprunte au diseur sa causticité, au vaudeville sa faconde et au music-hall sa rutilance ; » en somme, il le décrit comme un théâtre qui oriente et éduque tout en étant léger.
En nous donnant rendez-vous dans 50 ans, en « 2060 », il s'inscrit hors du temps et hors de l'espace, cet humour toujours aussi cinglant et toujours sur la corde raide, à la limite de la fiction et de la réalité. Un humour « poli » comme un miroir, où tout un chacun peut voir sa propre réalité.
Je ne serai pas surpris de voir Samy continuer à nous épater pour des années à venir. Maintenant qu'on te connaît nous-mêmes beaucoup plus, tu as comme une obligation de résultat (terme juridique que tu affectionnes) de vraiment nous prendre à revers.

