Quelque chose a changé, imperceptiblement, dans les comportements des conducteurs. La crainte des promesses tenues, peut-être. Parce que si depuis lundi, les radars restent quelque peu cachés, on peut en revanche fouiller le paysage à la recherche du superagent qui, du jour au lendemain, se serait découvert un plus dans sa conscience professionnelle, et on aura de très fortes chances de le trouver, verbalisant même un imprudent.
D'ailleurs, un communiqué des Forces de sécurité intérieure a publié le nombre des contraventions pour la journée d'hier : 1449 à 18h, contre 3630 la veille à la même heure, ce qui indique clairement que les conducteurs ont pris acte de la nécessité de se conformer au code de la route, et ce qui reflète aussi le sérieux des mesures.
Pourtant, il reste encore derrière le volant des yeux incrédules cherchant en l'air une caméra perchée au haut d'un poteau, ou un voyant lumineux qui signalerait la présence d'un radar. Désabusés, certains tiennent toujours leur portable contre leur oreille, rechignant à utiliser leurs oreillettes. L'habitude est une seconde nature... D'autres refusent obstinément de boucler leur ceinture de sécurité ; allez savoir pourquoi.
Les chauffeurs de taxi, eux, se demandent si toute cette agitation ne tombera pas vite, comme à l'accoutumée. Pourtant, ils sont plus vigilants quand il s'agit de traverser de gauche à droite pour racoler un client, tout en se demandant l'utilité de faire surveiller certaines routes secondaires où il est de toute façon impossible d'accélérer. Et d'aller de leurs petits calculs, estimant les gains que représenteraient pour l'État tel nombre de contraventions par jour, se bornant à espérer que cet argent serait employé à bon escient. Certains se permettent même d'être critiques, d'autres compatissants, quant au fonctionnement de l'unité de surveillance et de centralisation des infractions, qui souffre de manque de moyens, jusque-là.
Il ne fait pas de doute que les routes sont davantage conscientes de la surveillance dont elles font l'objet. Il s'agit seulement de maintenir la pression pour que la prudence devienne un réflexe naturel plus qu'une nécessité.

