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Moyen Orient et Monde - Le Point

Dépouilles de démocratie

Mais où donc ce brave Tarek al-Hachémi a-t-il trouvé des « points de convergences », comme il dit, entre ces ennemis irréductibles que sont Iyad Allawi et Nouri al-Maliki ? Le fossé entre les deux hommes, difficile à combler, s'est encore élargi, au point de devenir quasi infranchissable dès le premier jour des rencontres d'Erbil, appelées à se poursuivre aujourd'hui et demain. Les Kurdes, Jalal Talabani et Massoud Barzani en tête, se retrouvent dans la position d'hôtes-arbitres, eux que le régime de Saddam Hussein avait tenté d'exterminer à coups de bombes et de gaz hautement toxiques. C'est à croire que les huit mois de crise ayant suivi les élections du 7 mars n'auront servi qu'à exacerber les sentiments des uns et des autres.
L'actuel chef de gouvernement annonce-t-il, à mots couverts, son maintien à la tête de la prochaine équipe ? Aussitôt son rival se dépêche d'exiger une révision de la Constitution pour limiter ses pouvoirs. Et quand - ce fut le cas la semaine dernière - il apparaît que l'adversaire a le vent en poupe, il confie au Guardian n'être pas disposé à « jouer les faux témoins devant l'histoire » en apposant son paraphe au bas d'un document auquel il ne croit pas. Il est vrai qu'il s'agissait alors de créer pour lui « un poste doté de pouvoirs exécutifs équivalant à ceux du Premier ministre ». Curieuses attributions en vérité que celles-là, encore indéfinies mais qui déjà, si l'on a bien compris, tiennent à la fois de la carpe et du lapin, imposant à leur titulaire d'être muet comme l'une et inoffensif comme l'autre.
Dimanche, il n'était plus question d'une telle formule, mais de la présidence du Parlement pour le chef du bloc Iraqiya, au terme d'un accord conclu entre... l'Alliance nationale regroupant les principales formations chiites et l'Alliance kurde. Seul le principal intéressé semble avoir trouvé étrange une entente dont il est le grand absent, lui qui avait remporté les dernières législatives, avec il est vrai deux petits sièges d'avance (91-89) sur la liste adverse. Mais quoi ! C'est cela, après tout, la démocratie.
Le déblocage intervenu en dernière minute après une crise dont on ne voyait pas l'issue, il convient d'en trouver l'explication dans la visite effectuée le mois dernier à Téhéran par Maliki. À son retour, celui-ci avait vu dans l'Iran « le principal allié » de son pays. Comme par enchantement, les partisans de Moqtada Sadr avaient alors tourné casaque, après une inimitié vieille de plusieurs années, lui apportant le soutien inattendu des parlementaires de leur bloc. Colère de l'incertain vainqueur de la consultation, qui tonne : « Il semble qu'à l'issue de la guerre de sept ans, l'Irak soit en train de sortir de la sphère d'influence occidentale pour se placer sous la tutelle de la République islamique. Le facteur iranien est devenu l'élément le plus important de la conjoncture interne, ce qui est nuisible pour nos deux pays. »
On imagine sans peine la mine déconfite des Américains, incapables d'établir un semblant de démocratie après une coûteuse expédition, d'instaurer l'ordre et la sécurité, encore moins un partage équitable des pouvoirs ou encore de contrer le retour en force du grand ennemi khomeyniste. Pour sauver la face, Hillary Clinton en était réduite hier à marmonner des mots qui sonnaient creux : partage légitime du pouvoir, intérêts et besoins des différents secteurs de la population, espoir d'un succès du processus en cours. En dépit de quelques escarmouches diplomatiques d'arrière-garde, l'administration Obama donne l'impression que son siège est fait. Son plan B consiste désormais à tenter, sans trop y croire, de placer sur l'échiquier Adel Abdel Mahdi, un chiite pro-occidental membre du Conseil suprême islamique et proche de l'Iraqiya dont il défend les idées. Mais le soutien de trois puissances régionales - Arabie saoudite, Turquie, Égypte - a été impuissant à assurer au tandem la moitié des 325 sièges du Parlement. Il y a aussi, sur l'autre bord, le poids des 59 députés kurdes, promus au rang de faiseurs de roi, ce qui n'est pas pour leur déplaire.
Ils sont nombreux à douter qu'il sortira quelque chose des assises d'Erbil et à croire à une chance même minime de voir cesser les exactions et les assassinats, les grandes victimes étant, ces temps-ci, les chrétiens. Connaissent-ils seulement, les auteurs de ces crimes, ce poème dont l'auteur, le pasteur allemand Martin Niemöller, après avoir énuméré tous ceux - communistes, syndicalistes, juifs, catholiques - qui avaient été enlevés et exécutés sous le régime nazi sans que lui-même tente quoi que ce soit pousse ce cri poignant :
« Puis ils sont venus me chercher.
« Et il ne restait personne pour protester. »
Martin Niemöller, retenez bien ce nom.
Mais où donc ce brave Tarek al-Hachémi a-t-il trouvé des « points de convergences », comme il dit, entre ces ennemis irréductibles que sont Iyad Allawi et Nouri al-Maliki ? Le fossé entre les deux hommes, difficile à combler, s'est encore élargi, au point de devenir quasi infranchissable dès le premier jour des rencontres d'Erbil, appelées à se poursuivre aujourd'hui et demain. Les Kurdes, Jalal Talabani et Massoud Barzani en tête, se retrouvent dans la position d'hôtes-arbitres, eux que le régime de Saddam Hussein avait tenté d'exterminer à coups de bombes et de gaz hautement toxiques. C'est à croire que les huit mois de crise ayant suivi les élections du 7 mars n'auront servi qu'à exacerber...
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