À Akhurwall, près de Peshawar, la grande ville du nord-ouest, un kamikaze a pénétré par l'arrière du lieu de culte et fait exploser sa bombe au milieu des fidèles rassemblés pour la grande prière du vendredi, a expliqué à l'AFP Khalid Umarzaï, un haut responsable de l'administration locale. Onze enfants figurent parmi les tués. La mosquée a été réduite à un amas de béton, seul un des quatre murs étant encore debout. Akhurwall est le village d'un notable, Wali Mohammad, qui a levé depuis 2007 une milice tribale pour combattre les talibans. « Nous pensons que les talibans ont perpétré cette attaque », a déclaré à l'AFP Sohbat Khan Afridi, un leader tribal, assurant que les insurgés visaient des membres de la milice. La maison de Wali Mohammad, attenante, a été partiellement détruite.
« Nous ne sommes pas responsables de cette attaque », a rétorqué Azam Tariq, le porte-parole des talibans pakistanais, dans un entretien téléphonique avec l'AFP, assurant que ses hommes « ne ciblent jamais les civils ». Le porte-parole a accusé « Blackwater », l'ex-compagnie de sécurité américaine rebaptisée Xe, d'avoir perpétré l'attentat de la mosquée d'Akhurwall. Les talibans n'endossent jamais la responsabilité des attaques visant des civils et accusent régulièrement des « barbouzes » américaines de les commettre. Ces dernières années, l'antiaméricanisme a atteint des sommets parmi les 170 millions d'habitants de la République islamique du Pakistan.
La deuxième attaque a visé une mosquée de Suleman Khel, un village situé à une quinzaine de kilomètres. Au moins quatre grenades ont été lancées sur l'édifice religieux, faisant quatre morts et 14 blessés, a déclaré à l'AFP l'administrateur de cet établissement, Hameed Afridi.
En soirée, les États-Unis ont condamné les attentats, dénonçant le « mépris » des auteurs de ces attaques. Près de 3 800 personnes ont été tuées depuis l'été 2007 à travers le Pakistan dans une vague de plus de 400 attentats et attaques - essentiellement suicide - perpétrés par les talibans pakistanais, qui ont fait allégeance à el-Qaëda, et par des groupes alliés. Les kamikazes visent d'ordinaire les bâtiments officiels et les forces de sécurité, mais, ces derniers mois, ils s'en prennent de plus en plus souvent aux civils, y compris dans des lieux saints, notamment des obédiences minoritaires de l'islam au Pakistan, comme les chiites et les soufis, considérés comme hérétiques par les talibans, sunnites radicaux. Les talibans ont décrété à l'été 2007 le jihad contre Islamabad pour son soutien à la « guerre contre le terrorisme » de Washington. Leur fief, les zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l'Afghanistan, sont devenues le principal sanctuaire au monde d'el-Qaëda, mais aussi la base arrière des talibans afghans. Les drones de la CIA y mènent quasi quotidiennement des attaques.
L'armée pakistanaise a perdu plus de 2 400 hommes dans les zones tribales depuis fin 2001 quand Islamabad s'est allié aux États-Unis pour pourchasser les responsables des attentats du 11 septembre. Mais le Pakistan est accusé par certains responsables américains de ne pas faire assez contre el-Qaëda et certains talibans afghans.

