Le président français recevant son homologue chinois, hier, à l’Élysée. AFP Photo Thomas Samson
Tapis rouge, escorte de gardes républicains à cheval, mais pas de conférence de presse. Le protocole a réglé la mise en scène de la seconde visite d'État du numéro un chinois en France pour en faire un succès sans ombre et tirer un trait sur la brouille née en 2008 du passage agité de la flamme olympique à Paris et de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama.
Signe de l'importance qu'il accorde à ce séjour, c'est le chef de l'État lui-même et son épouse Carla qui ont accueilli M. Hu et la Première Dame de Chine Liu Yongqing à leur arrivée à l'aéroport d'Orly.
Le président chinois doit entrer dans le vif du sujet avec un premier entretien à l'Élysée largement consacré aux dossiers bilatéraux et qui a été conclu par la signature d'une série d'accords commerciaux.
Même si ces mégacontrats cachent mal le déséquilibre des relations économiques entre la Chine et l'Europe, l'Élysée a lâché avec gourmandise que leur montant serait « de loin plus important que lors des précédentes visites des dirigeants européens à Pékin ou chinois à l'étranger ».
À titre de comparaison, la première visite de Nicolas Sarkozy à Pékin fin 2007 s'était soldée par une moisson de 20 milliards d'euros.
Avant même l'arrivée de M. Hu, le bal des contrats a été ouvert par l'équipementier télécoms Alcatel-Lucent, avec trois contrats pour 1,1 milliard d'euros, et Airbus, avec 36 avions vendus à la compagnie China Southern Airlines pour 3,78 milliards de dollars de plus. Areva espère suivre avec la fourniture de 3 milliards d'euros d'uranium à l'électricien chinois CGNPC.
Cette première journée devait s'achever par un dîner d'État avec smoking et toasts officiels.
L'Élysée a eu beau jurer qu'aucun sujet n'était « tabou » entre les deux pays, les ONG ont vu dans cette discrétion le signe que la France avait bradé la défense des droits de l'homme sur l'autel de ses intérêts économiques et dénoncé un « scandale » ou un « reniement ».
Ces associations ont également reproché à Nicolas Sarkozy d'avoir choisi le silence après l'attribution du prix Nobel de la paix 2010 au dissident chinois emprisonné Liu Xiaobao, pour ne pas froisser son invité et s'attirer ses bonnes grâces à quelques jours de la présidence française du G20.
Les grandes questions internationales de l'heure et les priorités de cette présidence, notamment sur la question sensible des monnaies, doivent constituer le plat de résistance d'un nouvel entretien entre MM. Hu et Sarkozy vendredi après-midi à Nice, que le numéro chinois a souhaité découvrir.
Pour engager la réforme du système monétaire international qu'il appelle de ses vœux et réussir « son » G20, le chef de l'État est contraint de composer avec la Chine, qui refuse jusque-là de reconnaître la sous-évaluation du yuan.
Mais comme sur les droits de l'homme, il a choisi la conciliation, le « dialogue », plutôt que « la confrontation », selon son entourage.
Deux heures avant d'accueillir Hu Jintao, Nicolas Sarkozy a lui-même balayé les critiques et résumé sa philosophie. « La Chine ne doit pas être vécue comme un risque, mais comme une opportunité, a-t-il dit lors d'un déplacement dans l'Aube. Cce n'est pas en reprochant aux gens des choses qu'on fait avancer les dossiers, c'est en essayant de les comprendre. »


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