Le sénateur Mitch McConnell (Kentucky) a cité hier le but premier que le Grand Old Party s'est fixé : un mandat unique pour l'homme à abattre, Barack Obama. Un grand pas a été franchi mardi avec une victoire éclatante à la Chambre des représentants, un relatif rééquilibrage au Sénat et un raz de marée chez les gouverneurs. C'est loin d'être un pas décisif. Il reste pour les vainqueurs à se doter d'un chef (leurs rangs demeurent épars), à élaborer un programme : démanteler l'édifice péniblement mis au point en deux ans par l'administration démocrate ne suffit pas, encore faut-il lui trouver des substituts une fois oubliées les imprécations contre les impôts trop lourds, le régime de l'assurance-maladie et la pieuvre étatique. Il leur reste aussi, tâche ardue, à contenir l'impatience des Jeunes Turcs (Rand Paul, Marco Rubio, Christine O'Donnell et tant d'autres), soucieux de se tailler une place de choix sur le nouvel échiquier politique.
Il est malaisé dans l'immédiat de prévoir la nature de la riposte démocrate après cette journée de toutes les déceptions, la manière dont le président compte aborder les prochains rounds, appelés à être marqués par un subtil dosage de conciliation et de confrontation. Il lui faut pour commencer changer de style. Les Américains éprouvent pour les « intellos » une répulsion quasi viscérale. Certes les superbes envolées lyriques de la campagne de 2008 avaient trouvé des échos favorables auprès de certains jeunes. Elles paraissent déplacées désormais, sans compter qu'elles sont demeurées sans effets notables dans la pratique. Ce qui fait dire à certains, assez paradoxalement, que la première moitié du mandat a souffert d'un manque de communication. Autant dire qu'il faudra à l'actuel hôte de la Maison-Blanche faire montre de moins d'élitisme et davantage de populisme. L'un des éditorialistes du New York Times, Roger Cohen, résume parfaitement la situation en citant son collègue de Newsweek,Jonathan Alter : « La logique peut convaincre mais seule l'émotion est susceptible de motiver. »
Il est clair que la majorité des Américains ne croient plus au changement promis il y a deux ans, même si d'indéniables progrès ont été réalisés dans nombre de domaines. L'homme de la rue voit le taux de chômage approcher dangereusement des deux chiffres (9,6 pour cent), le déficit budgétaire atteindre des sommets vertigineux (1 300 milliards de dollars) et les banques afficher une insolente bonne santé. Deux universitaires, Jacob Hacker (Yale) et Paul Pierson (Berkeley) viennent de cosigner un ouvrage* dont les révélations résonnent comme autant de soufflets à la face des « blue collars » : depuis les années soixante-dix, par la politique fiscale suivie, la dérégulation imposée, les filets de sécurité créés, les différentes administrations ont systématiquement favorisé la classe riche. Entre 2008 et 2009, alors que la crise était à son paroxysme, révèlent-ils, le nombre de personnes gagnant annuellement 50 millions de dollars ou plus a quintuplé, les investisseurs et cadres supérieurs des 38 plus grosses firmes ont amassé le fabuleux butin de 140 milliards et Goldman Sachs a versé à ses employés méritants, sous forme de bonus, quelque 600 000 dollars par personne. Dans la pratique, cela se traduit par le fait que 20 pour cent de la population possède 84 pour cent de l'argent du pays.
Comment expliquer le masochisme de cet électeur qui vient de tendre à son bourreau la corde censée le pendre ? Plutôt que l'inculture politique, peut-être conviendrait-il plutôt de parler d'insularité, source d'ignorance. Ne lui parlez pas de l'Irak ou de l'Afghanistan, sinon pour lui annoncer la date du retour des boys ; de la situation à sa frontière sinon pour évoquer les problèmes de l'immigration.
Plutôt que de lire Tocqueville et Thoreau, Obama ferait bien d'écouter les oracles de la chaîne Fox, celle de l'Amérique qu'on dit profonde.
* Winner-Take-All Politics : how Washington made the rich richer and turned its back on the middle class - 368 pages, Simon and Schuster.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef