La police scientifique inspectant les lieux de l’attentat-suicide d’hier à Istanbul, place Taksim, en plein centre de la ville. Murad Sezer/Reuters
D'après le chef de la police de la ville, Hüseyin Capkin, l'assaillant aurait tenté de monter à bord d'un car rempli de policiers et de se faire exploser à ce moment-là, pour faire le plus de dégâts possibles. Mais sa charge a visiblement explosé trop tôt, ce qui a évité un carnage. Selon des témoignages recueillis par l'AFP et un enregistrement vidéo diffusé sur la chaîne CNN-Türk, des coups de feu ont suivi l'explosion. L'incident s'est produit en début de matinée sur l'esplanade de la place centrale de Taksim, sur la rive européenne de la ville, où des policiers antémeutes sont constamment en faction. L'esplanade très fréquentée ainsi que les rues y menant ont été temporairement bouclées par la police.
De Mardin, une ville du Sud-Est anatolien peuplé majoritairement de Kurdes où il se trouve en déplacement, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a dénoncé un attentat « terroriste ». « Nous ne tolérerons pas que quiconque s'en prenne à la tranquillité, à la stabilité et à la sécurité de la Turquie », a-t-il dit, cité par l'agence Anatolie. Cette attaque intervient alors que son gouvernement islamo-conservateur a lancé une nouvelle initiative visant à résoudre le problème kurde. Les autorités auraient associé à cette initiative le dirigeant du PKK, Abdullah Öçalan, emprisonné à vie, ses avocats agissant comme intermédiaires.
Le ministre de l'Intérieur, Besir Atalay, a déclaré qu'il était trop tôt pour dire qui est derrière cet attentat. Mais c'est hier que devait en principe prendre fin le cessez-le-feu unilatéral décrété par la rébellion kurde. Et cet attentat coïncide aussi avec les célébrations marquant l'anniversaire de la république en Turquie, le 29 octobre. D'où les soupçons qui se tournent vers le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan. Même si l'attentat n'a pas encore été revendiqué, des spécialistes, cités par les médias, ont aussitôt pointé du doigt les rebelles kurdes. Dans le passé, le PKK ainsi que des groupes d'extrême gauche ont commis des attentats à Istanbul, mégapole de plus de 12 millions d'habitants. Murat Karayilan, le chef militaire du PKK, avait pourtant affirmé jeudi à un journal turc depuis le nord de l'Irak que son mouvement, en lutte armée contre Ankara depuis 1984, épargnerait les civils et poursuivrait sa trêve si le gouvernement turc acceptait le dialogue.
Selon Anatolie, il s'agit du troisième attentat-suicide commis à Taksim depuis 1999. Le 22 juin, une bombe avait explosé dans une banlieue d'Istanbul au passage d'un bus de militaires, tuant six personnes. L'attentat a été revendiqué par un groupe radical kurde, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), considéré par Ankara comme un prête-nom utilisé par le PKK quand ils commettent des attentats susceptibles de choquer l'opinion publique.

