« Je considère que ma mission a cessé d'avoir un sens en fonction de la position inflexible du gouvernement », a déclaré Eduardo Catroga au nom de la délégation du Parti social-démocrate (PSD, centre-droit), qui réclamait un effort de redressement budgétaire axé davantage sur la réduction des dépenses de l'État et une moindre hausse de la charge fiscale.
« Oui, je suis inflexible. Le déficit doit être de 4,6 % » du produit intérieur brut (PIB) l'an prochain, contre 7,3 % attendu cette année, a rétorqué le ministre des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, arguant ne pas pouvoir « accepter les exigences du PSD sans remettre en cause l'objectif de réduction du déficit ». « Ce budget doit avant tout permettre de restaurer la confiance des marchés », a-t-il insisté.
Face aux inquiétudes de Bruxelles et des marchés financiers sur la capacité du Portugal à respecter ses engagements budgétaires, le gouvernement a présenté à la mi-octobre un budget d'austérité marqué par une baisse des salaires et des aides sociales ainsi qu'une hausse des impôts. Le gouvernement, minoritaire au Parlement depuis les législatives de l'an dernier, a besoin au moins de l'abstention des sociaux-démocrates pour faire adopter le texte, les autres partis d'opposition ayant déjà fait savoir qu'ils voteraient contre. Toutes les attentions sont désormais tournées vers le PSD, qui doit réagir face à la rupture des négociations et pourrait préciser si celle-ci entraînera ou pas un rejet du projet de loi de finances pour 2011. « Si le budget est rejeté, le pays plongera dans une grave crise financière », a prévenu hier le ministre des Finances du Portugal, un des pays les plus fragiles de la zone euro.
À cette crise financière pourrait s'ajouter une crise politique car José Socrates avait laissé entendre fin septembre qu'il pourrait démissionner si son budget était retoqué. Les négociations entre le pouvoir socialiste et le PSD, entamées samedi « dans un esprit constructif » selon les deux parties, avaient fait croire à une issue de l'impasse qui dure depuis plusieurs semaines, les sociaux-démocrates ayant longtemps refusé toute nouvelle hausse d'impôts après avoir soutenu un précédent train de mesures d'austérité en mai dernier. Illustrant un regain de confiance des investisseurs, les taux d'intérêt de la dette portugaise à dix ans s'étaient détendus lundi et mardi à près de 5,6 %, contre un niveau record de plus de 6,6 % atteint fin septembre. Mais ces taux sont repartis à la hausse hier et se tendaient à 5,739 %. Peu avant l'annonce de l'échec des négociations budgétaires, l'État portugais avait réussi à placer 1,225 milliard d'euros en obligations du Trésor à quatre et huit ans, à des taux en baisse par rapport aux dernières opérations comparables.

