*Charles Tannock est porte-parole du Groupe des conservateurs et des réformateurs européens pour les affaires internationales au Parlement européen.
Vingt ans après la fin de la guerre froide, l'Occident a, en certaines occasions, admis son devoir de faire amende honorable envers ceux qui étaient, au sens propre du terme, les « dommages collatéraux » de ce combat idéologique. Par exemple, les pays qui étaient consignés par Roosevelt et Churchill à la merci bien peu amène de Staline sont aujourd'hui, pour la plupart, membres de l'Union européenne. Mais il y a d'autres histoires de personnes qui ont payé le prix fort dans leur combat pour les libertés occidentales et qui n'ont pas retenu beaucoup d'attention.
Le destin des Chagossiens, anciens résidents des îles des Chagos dans l'océan Indien, est particulièrement atroce. La manière avec laquelle les habitants de cet archipel ont été systématiquement dépossédés de leurs terres au nom des intérêts stratégiques de l'Occident est une tragédie humaine pour laquelle l'Occident peut et doit restituer ce qu'il a subtilisé. Entre 1968 et 1973, les gouvernements travaillistes et conservateurs britanniques successifs ont organisé le retrait de tous les résidents vivant sur les 55 îles constituant aujourd'hui le Territoire britannique de l'océan Indien (BIOT), et qui s'étaient séparées de Maurice à l'époque de son indépendance. Ceci fut fait sur injonction des États-Unis qui à l'époque étaient empêtrés dans la guerre du Vietnam et exigeaient, pour des raisons de sécurité évidentes, l'utilisation de l'île de Diego Garcia pour y installer une base navale et aérienne. Le Foreign Office britannique avait prétendu à l'époque que les îles des Chagos étaient inhabitées. Les Chagossiens ont été débarqués aux Seychelles et à Maurice et livrés à leur sort. Ils furent ostracisés et isolés. Beaucoup ont succombé à des maladies mentales, aux drogues et à l'alcoolisme.
Malgré l'impact tragique de ce retrait imposé, les îliens n'ont jamais abandonné leur campagne pour regagner le droit à réintégrer leurs terres. Nombre d'entre eux ont fini par déménager loin des Seychelles et de Maurice. Certains se sont installés à Londres (ma circonscription au Parlement européen). Ils ont toujours constitué une épine dans le pied des gouvernements britanniques successifs, jusqu'à ce que, enfin, la coalition gouvernementale du Premier ministre britannique David Cameron semble enfin rechercher à conclure cette affaire de manière juste, humaine et équitable. Les Chagossiens veulent retourner sur leurs îles lointaines de l'archipel des Chagos. Ils n'ont jamais cherché à s'implanter de manière définitive sur Diego Garcia, qui est inaccessible et louée au gouvernement américain jusqu'en 2016 - et continue de jouer un rôle vital dans la sécurité et la défense occidentales. Compte tenu de la détermination de Cameron à placer la relation américano-britannique sur un pied d'égalité mieux que ce ne fut le cas sous le gouvernement travailliste, j'espère qu'il se sentira suffisamment libre pour aborder le dossier avec l'administration Obama ; en effet, l'ancien secrétaire britannique aux Affaires étrangères Robin Cook et l'ancienne secrétaire d'État américaine Madeleine Albright étaient presque parvenus à un accord il y a quelques années. Malgré des déclarations contraires, il n'y a aucune menace possible aux intérêts américains dans le cas d'un retour des iliens sur les îles extérieures, à des centaines de kilomètres de Diego Garcia. Les Chagossiens ont remporté une extraordinaire victoire il y a dix ans devant la Haute Cour britannique, qui avait jugé que l'expulsion des îliens était illégale et qu'ils devraient être autorisés à réintégrer leurs terres. Dans un premier temps, le gouvernement avait accepté cette décision mais elle fut annulée en 2004 par un ordre du Conseil (Order-in-Council, un ordre exécutif de la reine et non une loi votée par le Parlement).
Il n'est pas lieu ici de discuter du bien-fondé des ordres du Conseil privé de la reine dans une démocratie au XXIe siècle, mais cette décision a mis en lumière la totale indifférence témoignée à l'égard des droits fondamentaux des Chagossiens. Plus tôt cette année, nous avons vu ce cynisme en action une fois encore lorsque David Miliband, secrétaire sortant du Foreign Office avait déclaré que les îles des Chagos sont une zone maritime protégée, ce qui explique pourquoi ses habitants - dans l'éventualité d'un retour - seraient dans l'impossibilité de subvenir à leurs besoins et d'y pêcher. Le Foreign Office a souvent justifié sa décision en expliquant que la réinstallation des Chagossiens serait financièrement prohibitive. Mais, répondant à une question que j'avais récemment soumise à la Commission européenne, le commissaire responsable de la Politique du développement, Andris Piebalgs, avait déclaré que la Commission étudierait toute demande de la part de la Grande-Bretagne de cofinancement pour le rapatriement des Chagossiens, que l'UE a totalement et très justement considéré comme une affaire britannique souveraine.
Dix ans après la victoire juridique à la Pyrrhus des Chagossiens - une victoire qui semblait simplement renforcer la résolution du Foreign Office de trouver un moyen de les empêcher de revenir sur leurs îles -, ils ont porté l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme, qui a suggéré qu'elle soit retirée pour tenter de parvenir à un « accord amical ». Beaucoup de Chagossiens installés en Grande-Bretagne y retourneraient immédiatement - si seulement le gouvernement les y autorisait.
© Project Syndicate, 2010.
Traduit de l'anglais par Frédérique Destribats


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