Charles Berling, un artiste aux talents multiples. Photo Michel Sayegh
Drôle d'endroit pour une rencontre avec l'acteur Charles Berling et une question lancée sans réfléchir et sans même passer par la case présentations : « Qu'est ce que vous faites ici ? » Et l'homme, un peu étonné par cette intrusion, mais très aimable, de répondre : « Je tourne un film avec la réalisatrice Danièle Arbid. »
Pour plus de détails, rendez-vous est pris quelques jours plus tard à l'hôtel Le Grey. Le monsieur est ponctuel, discrètement installé dans le Cigar Lounge, un havane en attente. « Ça ne vous dérange pas ? » demande-t-il, l'objet de ses désirs au bout des doigts. Oubliée la traditionnelle campagne antitabac pour ses yeux only, le temps de la rencontre, un « pas du tout » est vite murmuré.
Une carrière en polychromie
Charles Berling, c'est une carrière démarrée à l'âge de 14 ans et qui, avoue-t-il, l'a « sauvé de beaucoup de choses et surtout de moi-même ». Des cours à l'Institut national supérieur des arts de la scène à Bruxelles. Du théâtre, d'abord et surtout, le cinéma qui le rattrape un peu plus tard et, depuis un an, l'envie de chanter... Son parcours est jalonné d'une cinquantaine de films, de téléfilms, des rôles au théâtre et des pièces qu'il a mises en scène avec la rigueur d'un professionnel et d'un passionné. Cinq nominations aux César : César du meilleur espoir masculin pour Petits Arrangements avec les morts (1995), César du meilleur acteur pour Ridicule (1997), pour Nettoyage à sec (1998), pour L'Ennui (1999) et pour Les Destinées sentimentales (2001). Des rencontres avec des réalisateurs aussi diversifiés que Sautet, Chéreau, Leconte, Pinoteau, Enrico, Assayas, Deville, Mocky ou Ruiz. Des pièces de Molière, Garcia Lorca, Pagnol, Fassbinder, Shakespeare ou Camus. Et des personnages, endossés avec talent pour la télévision, notamment Jean Moulin et, plus récemment, Robert Badinter, à qui il finit par ressembler étrangement. « Il faut faire ce qu'on est profondément et ce qu'on aime, dit-il. Après, si ça ne marche pas, ce n'est pas un problème. Le rôle de Badinter, artisan de l'abolition de la peine de mort, a été très important pour moi. Le rencontrer, travailler avec lui, jouer avec quelqu'un comme lui et pouvoir donner à l'écran une énergie théâtrale étaient une belle expérience. » Sa liberté de penser, d'être, de choisir des rôles différents le mènent là où il peut « ressentir des affinités profondes ». Là où il peut « défendre des valeurs ». « Je ne suis pas libre, précise-t-il, mais j'espère être le plus libre possible. » Sur le film qu'il tourne avec l'actrice Darine Hamzé sous la direction de Danièle Arbid et produit par Arte, il dira simplement : « Je connaissais le travail de la réalisatrice, le rôle m'a intéressé. Et puis, c'est un moyen efficace de découvrir une ville. »
Curieux, passionné par la diversité de son métier d'artiste qui lui permet aussi de « raconter des histoires et d'essayer de comprendre le monde », il poursuit, avec justesse : « Pourquoi j'aime le cinéma et le théâtre ? C'est une respiration, une nécessité que je sens en moi. » Être acteur ne lui suffit pas. Charles Berling s'est également mis à l'écriture de textes et... à la chanson. En préparation, un CD accompagné d'un concert, un film sur sa mère et une pièce de théâtre pour 2011, Ithaque de Botto Strauss. Enfin, avec son frère Philippe, il s'est vu confier par le maire Hubert Falco la direction du Théâtre de la liberté de Toulon, dont l'inauguration est prévue en septembre prochain.
Un peu plus tard, l'interview officielle terminée, la discussion se poursuit, informelle, autour d'un verre de vin. Viennent alors les sujets plus personnels, la vie, les amours, les amis et le reste. « J'ai été élevé, confiera-t-il, dans un goût de la vérité et une forme d'honnêteté. Il n'était pas question de mentir et de se mentir à soi-même. » Toujours très franc sur ses choix affectifs, sans jamais apprécier la provoc', il raconte ses femmes, connues et moins connues. Carla (Bruni) avec qui il vécut une idylle d'un an, « une personne qui est d'un échange intellectuel fort et agréable », son épouse Virgine Coupérie, arrière-arrière-petite-fille de Gustave Eiffel, championne d'équitation, avec qui il a réalisé un documentaire sur Eiffel en 2009, ou encore son fils Émile, 19 ans, également acteur. « Nous avons un projet de films ensemble, il en a déjà tourné 7 ! Ce sera une étape importante pour lui et pour moi. » Activiste et poète, heureux de se trouver au cœur de cette ville, dans ce mélange qu'il trouve tout simplement beau, abordé par les passant(e)s qui le reconnaissent, il confesse enfin : « Les gens de mauvaise foi me mettent en colère. Ceux qui se couchent devant des puissances comme l'argent. Et surtout l'obscurantisme et le radicalisme. »
Quelques heures plus tard, il est temps de retrouver la vraie vie. Trois petites bises, à la libanaise, et puis s'en vont...


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