C'est à Beaver Creek, au Colorado, un dimanche noir de décembre, que l'un, Grange, ressentit un craquement dans le genou droit lors du géant, et l'autre, Fanara, fit une chute spectaculaire avec un salto en avant. Même diagnostic : rupture du ligament croisé antérieur, soit six mois loin des pistes.
« Le ligament croisé du genou, c'est vraiment le talon d'Achille du skieur, souligne Jean-Baptiste Grange. Malheureusement, c'est presque une fatalité. Très peu de skieurs passent au travers. Didier Défago était l'un des rares... jusqu'à cet automne. »
Défago, le champion olympique suisse de la descente, a ouvert le bal des blessures en ski en septembre, avant même les premières courses de la saison.
« Moi, j'avais eu des résultats, gagné un globe. C'est plus facile à accepter que pour Thomas, qui était sur le point d'y arriver », note le vainqueur de la Coupe du monde 2009 de slalom.
Les deux Français ont appris à se connaître en passant de longues semaines de rééducation dans un centre spécialisé au fin fond de l'Ain, avec Pierre-Emmanuel Dalcin, le descendeur revenu en civière de Beaver Creek.
« Nous avons passé six mois sur le même rythme. Cela m'a beaucoup apporté sur la manière de fonctionner de Thomas. On l'opère au genou et il veut savoir où on va percer un trou, où on va lui mettre une vis », note Grange.
Fanara, qui s'était blessé exactement au même genou, le gauche, en 2007, avait l'expérience en plus : « J'ai su gérer cette blessure au mieux. Mon remède a été de me concentrer sur ce qui m'arrivait et de couper au maximum du monde du ski. »
L'un et l'autre peuvent skier sans douleur, même si Grange a eu récemment quelques petites inquiétudes, vite levées par des examens.
Petite appréhension
« La différence entre Thomas et Jean-Baptiste est que l'un s'est blessé sur une grosse chute. Dans la tête, il y a certainement cette petite appréhension de la chute qui reste », avance Gilles Brenier, le directeur sportif de l'équipe de France masculine.
« Sölden va être important pour eux, ajoute l'entraîneur. En slalom géant, les angles (entre le corps et la piste) sont plus bas qu'en slalom et sur un glacier comme Sölden avec des conditions difficiles qui secouent un peu, il va falloir serrer les dents. »
Grange ne cache pas qu'il a « un peu plus d'appréhension en géant qu'en slalom ». « En slalom, je skie comme si je ne m'étais pas blessé, souligne le skieur de Valloire, 26 ans. Mais je n'ai pas de gros objectifs sur ces premières courses. Cela fait un an que je n'ai pas couru, il faut retrouver des automatismes de course qui me manquent peut-être. »
À l'inverse de Fanara. « Je ne me dis pas c'est une course pour voir comment je réagis. Non ! Je vais donner le maximum pour n'avoir aucun regret en bas », prévient le Haut-Savoyard de 29 ans. En 2008, il avait marqué son retour par une belle 5e place à Sölden.

