Il reste que si la visite d'Ahmadinejad a bel et bien créé un branle-bas régional, et que les États-Unis se sont empressés d'intervenir en dépêchant Feltman à Beyrouth pour freiner les ardeurs du 8 Mars, c'est sur l'axe de discussions saoudo-syrien, à Riyad, où se trouve le Premier ministre Saad Hariri, que les regards sont irrémédiablement tournés. Et pour cause : si la machine iranienne roule comme un bolide vers l'accomplissement de ses objectifs régionaux, comme le prouvent les dernières déclarations, dimanche, du président Ahmadinejad, et si les États-Unis tentent de remettre leurs pieds dans une région dont ils sont pratiquement absents depuis deux ans, c'est au niveau du « camp arabe modéré » que la situation continue de faire du surplace. Rien en effet n'a pour l'instant transpiré des effets de la rencontre entre le président syrien Bachar el-Assad et le roi Abdallah d'Arabie saoudite, mais il semble que, sur les deux dossiers brûlants, à savoir la situation en Irak et l'affaire de l'acte d'accusation à paraître au Liban, les paramètres n'aient pas permis, pour l'instant, la moindre avancée significative. Est-ce pour cela que le sommet libano-syrien entre Bachar el-Assad et le président Michel Sleiman, qui aurait dû avoir lieu aujourd'hui, a été reporté aux lendemains du sommet de la francophonie ?
L'absence d'une avancée significative est l'autre nom du blocage de « l'équation saoudo-syrienne ». Ce qui équivaut, sur la scène libanaise, au maintien des choses en l'état. Si la mise en garde turco-américaine au camp syro-iranien, par le biais de Recep Tayyip Erdogan à Bachar el-Assad la semaine dernière, puis le passage-éclair de Feltman, ont quelque peu refroidi les ardeurs du 8 Mars, comme le prouve la baisse de ton significative des cadres du Hezbollah concernant la visite d'Ahmadinejad, il reste qu'il ne pourrait s'agir que d'une petite dose éphémère d'anti-inflammatoire. En attendant que le royaume saoudien se décide, avec lenteur, à rompre le cycle léthargique dans lequel le Liban est plongé depuis deux ans, avant qu'il n'explose à la figure de tout le monde, acte d'accusation oblige.

