Pour favoriser l'intégration, le gouvernement vient de décider de financer la formation complète des imams dans les universités allemandes. La plupart viennent aujourd'hui de Turquie avec une maigre connaissance de l'allemand. Le président turc Abdullah Gül a lui-même exhorté ses compatriotes, qui forment la plus forte communauté étrangère d'Allemagne, à apprendre à « parler couramment et sans accent » la langue de Goethe.
Pour autant, Mme Merkel a affirmé que l'immigration était nécessaire étant donné la pénurie de main-d'œuvre qualifiée (400 000 personnes selon la Chambre de commerce et d'industrie), alors que certains conservateurs aimeraient refermer les vannes. Et elle a ajouté que « l'islam fait partie de l'Allemagne », reprenant une formule récente du président Christian Wulff (CDU) qui a indigné une partie de son camp chrétien-démocrate (CDU-CSU). Mme Merkel, dont la coalition conservatrice libérale est en chute libre dans les sondages à l'approche de six scrutins régionaux en 2011, s'est livrée à un « grand écart » pour tenter de réunir les franges divergentes de son parti et de remobiliser les électeurs, commentaient les médias allemands. « Merkel intègre Seehofer et Wulff », jugeait le magazine Focus. Horst Seehofer, chef de la CSU bavaroise qui courtise les voix très à droite, avait proclamé avant la chancelière dès vendredi que « le Multikulti est mort ». L'Allemagne n'a « plus besoin d'immigrants de pays aux cultures différentes comme les Turcs et les Arabes » pour qui il est « plus difficile » de s'intégrer, avait-il déjà assuré.
Le retour du « Führer » ?
La chancelière devait intervenir car le débat s'enflamme dans son camp et dans le pays, estiment les commentateurs. L'Allemagne est en ébullition depuis la publication cet été par un haut fonctionnaire de la Banque centrale, Thilo Sarrazin, d'un pamphlet affirmant que le pays « s'abrutit » sous le poids des immigrés musulmans. Son livre, L'Allemagne se défait, est devenu un succès de librairie. Une avalanche de sondages a montré qu'une majorité d'Allemands approuve les thèses de Sarrazin, que la classe politique a condamné. Une étude montre même que plus de 50 % des Allemands tolèrent mal les musulmans qui, avec quelque 4 millions, représentent environ 5 % de la population. Plus de 35 % estiment que l'Allemagne est « submergée » par les étrangers et 10 % qu'elle devrait être dirigée « d'une main ferme » par un « Führer ».
Le secrétaire général du Conseil central des juifs d'Allemagne, Stephan Kramer, s'est inquiété d'un débat « démesuré, hypocrite et hystérique » dans une société allemande qui, selon lui, se radicalise. « Huit semaines à peine se sont écoulées depuis la publication par Sarrazin de sa thèse du déclin, et plus le débat se poursuit, plus le niveau baisse », commentait hier l'hebdomadaire Der Spiegel.

