Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, et son homologue pakistanais, Yousuf Raza Gilani, ont survolé en hélicoptère les zones sinistrées par la crue historique de l’Indus. Photo Reuters
« Mes frères, nous partageons la même foi ! » s'est écrié M. Erdogan devant son homologue pakistanais, Yousuf Raza Gilani, et plusieurs centaines de militants du Parti pakistanais du peuple (PPP), réunis mercredi sous un chapiteau près de la ville de Thatta, qui avait été évacuée face à la crue historique de l'Indus. Ces inondations, les pires de l'histoire du pays, ont recouvert plus de 20 % du territoire et fait quelque 20 millions de sinistrés depuis la fin juillet. Accompagné de six ministres, M. Erdogan a sillonné le pays, d'Islamabad à Karachi, et s'est déplacé en hélicoptère pour visiter les installations de secours, dont un village de 2 000 préfabriqués fournis par le Croissant-Rouge turc, qui en prévoit 3 000 au total, près de Multan dans le Pendjab. « Nous vous aimons et nous pensons que vous nous aimez ! Le Pakistan ne nous a pas abandonnés pendant notre guerre d'indépendance. Il ne nous a pas abandonnés pendant le tremblement de terre de 1999 », qui avait fait environ 20 000 morts dans l'ouest de la Turquie, a-t-il déclaré.
Plusieurs responsables turcs ont rappelé lors de cette visite les « liens de cœur » entre les deux pays et l'aide apportée par les Pakistanais à l'Empire ottoman, lors de la Première Guerre mondiale, puis à la République turque. Mais au-delà des liens historiques, M. Erdogan, dont la visite avait été précédée de celle de son épouse, a fait vibrer la corde de la solidarité musulmane et de l'islam modéré. « L'islam est attaché à la paix, et nous sommes les croyants de l'islam. Ceux qui suivent la foi de l'islam ne peuvent pas tuer des gens », a-t-il dit près de Thatta, en évoquant un « combat commun » contre le terrorisme.
Près de Multan, il a lancé une nouvelle charge contre Israël, revenant sur l'assaut meurtrier d'un commando israélien contre un convoi maritime humanitaire vers Gaza, qui avait tué neuf Turcs le 31 mai dernier. « Israël doit s'excuser auprès de la Turquie et lui payer des compensations, sinon ce pays est condamné à rester isolé au Proche-Orient », a-t-il dit. Les relations entre les deux pays, jadis alliés dans la région, restent de glace depuis cet incident meurtrier. La popularité de M. Erdogan dans le monde arabe et musulman, déjà bien établie après une virulente condamnation de l'offensive israélienne à Gaza fin 2008, a connu un regain avec l'affaire de la flottille humanitaire. Des drapeaux turcs ont fleuri à Gaza, où des parents ont donné à leur enfant le nom du chef du gouvernement turc.
L'ambassadeur de Turquie au Pakistan, Babür Hizlan, a pour sa part reproché aux membres de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) de ne pas en faire assez pour les nombreuses victimes des inondations de l'été. « Certains pays aident beaucoup, mais dans l'ensemble, ce n'est pas suffisant », a-t-il dit. Selon le Turc Rauf Engin Soysal, envoyé spécial de l'ONU pour l'aide au Pakistan, « des 2 milliards de dollars d'aide demandés par les Nations unies, 34 % ont été couverts jusqu'à présent ». La Turquie a, elle, apporté « au moins 125 millions de dollars, État et ONG compris », a-t-il précisé. « Nous avons aussi aidé Haïti, mais avec le Pakistan, c'est différent parce qu'il y a pour nous quelque chose de sentimental », a expliqué le directeur du Croissant-Rouge turc, Ömer Tasli. « Les Pakistanais nous ont aidés par le passé, et bien sûr, c'est un pays musulman. Mais quoi qu'il en soit, notre principe, c'est la tolérance », a-t-il ajouté.

