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La Dernière

Les valeurs démocratiques de Chibli Mallat

Rencontre Avocat des causes que d'autres croient perdues ou impossibles, avocat de la démocratie dans un monde de plus en plus extrémiste, Chibli Mallat est également professeur à l'Université de Utah, après Princeton et avant Harvard, qu'il rejoint au printemps prochain. Il y trouve son bonheur et de nouveaux défis.
Carla Henoud | OLJ
11/10/2010
C'est dans l'écriture, dans les livres et dans la réflexion qu'il faut retrouver Chibli Mallat. Plonger dans son univers silencieux, éloigné du vacarme politicien actuel, et l'écouter analyser la situation du monde avec un œil objectif, désolé et apparemment froid. Après avoir été, un moment, tenté par la politique locale, après avoir cru que le temps était venu, au Liban, de passer à une autre forme de candidats et de campagne présidentielle, ce qui avait fait sourire les plus cyniques, après en être revenu, sans doute amer, Chibli Mallat, spécialiste en droit islamique, a repris sa passion première, l'enseignement académique, délaissée un temps pour d'autres considérations. Les urgences d'une révolution qu'il voulait non violente, et dont il garde, comme beaucoup, un sentiment d'inachevé. « J'ai mené une campagne comme je pensais que les Libanais méritaient qu'elle se fasse. En toute transparence. Avec une dynamique de la jeunesse, de l'honnêteté, d'un discours politique qui se serait imposé dans toute la région. Je crois que j'aurais réussi à développer le pays dans le sens que je voulais, celui de la non-violence et de la démocratie. »
À égale distance de tous, même s'il a ses propres convictions, il a toujours lutté pour la défense des droits de l'homme, intenté un procès contre Saddam Hussein pour avoir persécuté les chiites irakiens, contre Ariel Sharon pour son rôle dans les massacres de Sabra et Chatila, et contre Mouammar Kadhafi pour l'enlèvement de l'imam Moussa Sadr. Depuis un an, il mène également une campagne contre Hamid Karzai. « Je dis ce que je pense, sans jamais être impressionné par mon interlocuteur, et j'essaie de faire un peu plus. »

Changement de cap
Aujourd'hui installé aux États-Unis, avec des retours réguliers au pays pour retrouver son étude qui reste active, Chibli Mallat a apparemment refermé cette parenthèse, tout en poursuivant son travail d'analyse et de rédaction sur les sujets qui l'intéressent, dont la révolution du Cèdre, décryptant les erreurs, les maladresses, les échecs et les acquis. « Ce rendez-vous avec l'histoire ne se présente qu'une fois tous les 200 ans. Nous avons vécu une révolution non violente qui a introduit le concept au Moyen-Orient. Le Liban est surdéterminé régionalement. Nous avons toujours reçu des coups à la place des autres. En 2005, nous aurions pu changer les choses, mais nous avons manqué de leadership. Ce n'est pas facile de refaire l'histoire, poursuit-il... J'avais quitté un poste à la faculté de droit de Yale, ce qui est un couronnement pour tout avocat dans le monde, afin de mener à bien cette révolution historique. J'ai fait de nombreux sacrifices financiers et familiaux. Il y avait, également, beaucoup de compensations, mais, aujourd'hui, je suis bien là où je suis et je ne ferais plus la même erreur », avoue-t-il.
La guerre de juillet 2006 et ses conséquences sur le plan local l'ayant convaincu de se retirer de la course à la présidentielle en mai 2008, Chibli Mallat a retrouvé, ravi, son activité rédactionnelle. Des livres et des articles de presse dans de nombreux quotidiens, dont le Daily Star. « Je n'ai plus cette même amertume de ne pas réussir à accomplir les choses comme je le désire. L'important est de faire ce qu'on peut de façon honnête et d'en être convaincu. »
Pour cet avocat qui a hérité la rigueur de son père, le regretté Wajdi Mallat, une vision claire des choses et un activisme constant, même dans les coulisses, qui a réussi à se faire un prénom dans cette famille de grands intellectuels, à imposer son « style », les combats restent nombreux. Occupant la chaire présidentielle à l'école de droit de Utah, il a permis à l'établissement de remporter une offre pour renforcer le système judiciaire en Irak. Avec ses sœurs Manal, Janane et Raya, il a créé une maison d'édition baptisée Bada'e, avec pour objectif d'immortaliser les ouvrages familiaux, et les très beaux manuscrits de son grand-oncle, Tamer, et son grand-père, Chibli. « Ce qui reste, ce sont les écrits et surtout les livres. J'ai déjà publié 350 ouvrages, rédigés par moi-même ou préparés sous ma direction. Certains ont même été récompensés. Ça me permet de ne pas être anxieux sur la bonne santé de ma vie intellectuelle ! »
« Notre pays est entre parenthèses, dans un contexte de grande intensité, conclut-il. C'est précisément à cause de cette intensité qu'il faut changer les choses. Je ne suis pas naïf, je suis irénique. Oui, je crois à la paix. »

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