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Le commentaire

Ahmadinajad au Sud, Ahmadinejad et le TSL : un tournant dangereux

Est-ce que l'après-visite ne sera plus comme l'avant ? Est-ce que la guerre froide actuelle, tant avec Israël qu'à l'intérieur au sujet du TSL, ne va pas trouver dans la démarche du chef de l'État iranien son détonateur d'explosion politique, sinon sur le terrain ? Ces interrogations résument les appréhensions des Libanais. Mais également de nombre de parties régionales ou internationales. Car si, à Dieu ne plaise, les sunnites et les chiites du cru devaient en venir à s'affronter les armes à la main, à cause du TSL et de ce que pourrait en dire Ahmadinejad, la confrontation confessionnelle ne tarderait pas à faire tache d'huile ailleurs. En Irak, dans les pays du Golfe, en Jordanie et même dans certaines provinces reculées de l'Iran adossées à l'Afghanistan ou à la Turquie. À moins, et ce n'est pas plus réjouissant pour nous, d'un de ces accords traditionnels décidant que les règlements de comptes se feraient au Liban, et au Liban seulement.
Ainsi, dès 1959, la guerre des autres s'est exprimée chez nous, le bras de fer entre le nassérisme et les USA. Elle ne s'est réglée que par un arrangement entre les véritables protagonistes, les décideurs étrangers. En 1975, le phénomène était encore plus marqué. Et c'est la convention tacite, ou la collusion, au choix, entre les jouteurs extérieurs, dont la Syrie, qui a permis de purger les Palestiniens de Beyrouth puis de Tripoli à destination de Tunis.
Cependant, de nos jours, le conflit des puissances étrangères est si profond et généralisé qu'il est douteux qu'on puisse l'évacuer par la seule soupape de sûreté libanaise. En effet, ce sont deux projets stratégiques opposés qui sont en présence, l'américain et le syro-iranien. Enjeu, le contrôle géopolitique, éventuellement même militaire, de la région et de ses ressources. À terme, il n'y a pas deux solutions, mais une seule. Ou les États-Unis, qui appuient les régimes modérés et œuvrent pour la démocratisation, l'emportent, et les chances d'une paix stabilisatrice en seraient centuplées. Ou ce sont les régimes radicaux qui gagnent, avec une mise au pas consécutive des autres États et une lutte sans fin contre Israël.

 Assurances
À partir de l'infinie gravité du conflit externe, les professionnels de la politique, les observateurs et les diplomates excluent que l'on en arrive au Liban à des explications d'ordre militaire. Cela ne servirait qu'à Israël, et il pourrait en tirer profit pour se lancer dans une aventure guerrière, comme fuite en avant face aux pressions américaines.
C'est pourquoi à Beyrouth et ailleurs on attend ce qu'Ahmadinajad va dire. Soit au cours des agapes officielles, soit à travers la conférence qu'il doit donner à l'UL, soit lors des meetings populaires qui seront organisés en son honneur au Sud, dans la Békaa et dans la banlieue sud. Encore que le programme n'est pas encore certifié et il n'est pas certain que le chef de l'État iranien se rende au Sud. Bien que le bruit, farfelu et risqué, indiquait qu'il projetait de lancer des pierres contre la frontière israélienne à partir de la porte de Fatmé et du Jardin iranien.
Pour l'essentiel, on se demande si le président Ahmadinajad va modérer ses discours, pour ménager la gravité et la sensibilité de la situation au Liban. C'est très possible : dès 2008 ? l'Iran s'était engagé avec l'Arabie saoudite à juguler les tensions entre chiites et sunnites au Liban pour prévenir une explosion virtuellement contagieuse. De même, il ne titillerait pas Israël de trop près pour ne pas lui donner un prétexte d'attaquer. Si Ahmadinejad opte pour cette ligne, la situation n'aura pas changé et la vraie-fausse trêve politique décrétée par le sommet tripartite continuera jusqu'à la publication de l'acte d'accusation. Et après, advienne que pourra.
Mais si la visite du président iranien devait délibérément s'inscrire dans le cadre de visées politiques, populaires et régionales dépassant le cadre du Liban, tout serait à craindre. On sait en effet avec quelle vigueur les Israéliens condamnent les prétentions de l'Iran d'avoir fenêtre ouverte sur la Méditerranée, avec le concours de la Syrie, du Hezbollah libanais, à l'affût sur leur frontière nord ,et du Hamas palestinien qui contrôle la bande de Gaza sur leur flanc gauche. On ne sait pas comment ils réagiraient si Ahmadinejad se pointait à la porte de Fatmé à deux pas de chez eux pour leur faire un pied de nez.
Les Américains, la communauté internationale et les Européens ne seraient pas contents non plus. Car l'irruption d'Ahmadinejad, qui soutient le Hamas face au Fateh, porterait un coup supplémentaire aux négociations de paix, déjà compromises par son complice objectif, Netanyahu. Et le redoutable dossier du nucléaire iranien s'en trouverait encore plus compliqué. Surtout qu'Ahmadinejad s'est gaussé des nouvelles sanctions internationales, américaines et européennes. À raison d'ailleurs car si une poignée de personnalités iraniennes se trouve privée de comptes à l'étrangers, ce n'est pas la classe dirigeante de la République islamique, les ayatollahs de Qom, qui paye la douloureuse, mais la population et l'économie iranienne dans son ensemble.


Est-ce que l'après-visite ne sera plus comme l'avant ? Est-ce que la guerre froide actuelle, tant avec Israël qu'à l'intérieur au sujet du TSL, ne va pas trouver dans la démarche du chef de l'État iranien son détonateur d'explosion politique, sinon sur le terrain ? Ces interrogations résument les appréhensions des Libanais. Mais...

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