Nicolas Sarkozy s’est offert un moment de prière, hier, à la basilique Saint-Pierre. Philippe Wojazer/AFP
Une demi-heure de huis clos plus tard, c'est un Nicolas Sarkozy plus détendu qui a présenté au pape sa délégation, composée d'élus. Après le traditionnel échange de cadeaux, une édition d'époque du Génie du christianisme et des Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand contre faïence et gravure de la place Saint-Pierre, le président français, manifestement soulagé, a demandé au pape un chapelet supplémentaire. Malgré cette petite entorse aux canons du protocole papal, Nicolas Sarkozy s'est appliqué à éviter la répétition de ce qui avait été considéré comme des « couacs » lors de sa précédente rencontre avec le pape fin 2007. Il avait alors été surpris à pianoter sur son téléphone en présence de Benoît XVI et avait inclus dans sa délégation le comique Jean-Marie Bigard.
Sur le fond, peu a filtré de cet entretien officiellement consacré aux questions internationales et qualifié de « cordial » par le Vatican. Cette rencontre avait été voulue par Paris pour tirer un trait sur le malaise qui a troublé les relations entre le Vatican et la « fille aînée de l'Église » autour de la question controversée des Roms. Le 22 août, alors que la polémique sur le démantèlement des camps illégaux et les expulsions de Roms faisait rage en France, Benoît XVI avait publiquement souligné, dans un message lu en français, la nécessité de « savoir accueillir les légitimes diversités humaines ». Ce rappel papal a alors été ajouté à la longue liste des critiques, parfois violentes, adressées au gouvernement, notamment par des organisations caritatives et quelques membres du clergé français.
Après cette audience et un entretien avec le secrétaire d'État du Vatican, Mgr Tarciso Bertone, Nicolas Sarkozy a longuement parcouru la basilique Saint-Pierre, vidée de ses touristes, et s'est offert un « moment de prière » pour le Vatican, rebaptisé « moment de recueillement » par l'Élysée. Ce n'est qu'à l'occasion de cette visite, où il s'est signé à plusieurs reprises et a récité le « Notre Père », que la polémique sur les Roms a été évoquée, publiquement mais par allusion. Le cardinal français Jean-Louis Tauran a alors exhorté « le peuple de France et ses dirigeants » à œuvrer pour « la justice », « l'éducation » et « l'accueil des persécutés et des immigrés ». Comme en réponse et pour montrer qu'il restait fidèle à ses convictions, Nicolas Sarkozy a répété avant de quitter Rome, lors d'un déjeuner avec des prélats, que « la lutte contre l'immigration illégale qui produit tant de détresse et de drames, qui prive les pays les plus pauvres de leurs forces vives, (était) un impératif moral ».
Une semaine après une visite de l'abbaye de Vézelay (Yonne), cet épisode romain s'est aussi inscrit, pour le président, dans un effort organisé de reconquête d'un électorat catholique qui, bien que restant acquis à la droite, a pris ses distances avec le chef de l'État.

