Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Le Billet

Kah-plah-yeh

L'heure est à la peur. Preuve en est, le cours de l'or, valeur refuge par excellence, enchaîne les records.
Peur de quoi, demanderons-nous ? Peur de tout, répondrons-nous. Peur que la crise ne soit pas finie, peur de ne plus toucher de retraite, peur des rides, peur des jeunes- délinquants naturels -, peur des vieux - délinquants potentiels pour cause de vieillesse précaire -, peur des épidémies, peur d'une bombe, peur de la guerre annoncée, peur de l'Autre.
Une peur dont les Geert Wilders et autres Jimmie Aakesson, porte-parole d'une nouvelle droite européenne et extrême, qui ne fait plus le salut nazi mais n'en pense pas moins, ont fait leur fonds de commerce. Peur dont les intégristes de tout poil se goinfrent et qu'ils propagent. Peur dont certains politiciens estampillés modérés jouent pour donner un coup de fouet à des cotes de popularité en capilotade. Peur qui fait monter les murs, ferme les frontières, nourrit les préjugés.
Mais dans ce monde gavé de peur, dans ce monde qui rétrécit, qui s'atrophie, il existe encore quelques Apaches qui ouvrent grand les portes. Des découvreurs perdus dans une époque qui pense avoir tout vu et ne s'attend plus qu'au pire.
Ces scientifiques acharnés nous ont livré, cette semaine, « la première carte globale de la diversité sous-marine, fruit de dix ans d'exploration. Le résultat, ce sont 6 000 nouvelles espèces potentielles. 6 000 trésors. Parmi eux, » Mr Blobby « , un poisson blanc et globuleux tout droit sorti d'un rêve d'Hayao Miyazaki. Parmi eux, un crabe aveugle qui dérive en manteau de fourrure du côté de l'île de Pâques et une méduse féérique et rose baptisée comme une star bollywoodienne, Athorybia Rosacea. Parmi eux, la crevette jurassique. Une crevette qui fait un come-back fracassant sous les feux de la rampe alors qu'on la croyait disparue depuis 50 millions d'années. 50 millions d'années. De quoi remettre en perspective la misère intellectuelle d'une certaine humanité politique qui se repaît de sa propre vacuité à longueur de discours vindicatifs.
Voilà pour le gâteau.
Ont-ils senti la profondeur de notre désespoir ? Probablement, car les scientifiques ont collé une cerise sur ce gâteau, en nous découvrant une langue. Le koro. Dialecte unique déniché au fin fond de l'Inde.
La cerise est néanmoins aigrelette. Pendant que trop de leaders dévoyés et de tous bords font des mots un cocktail nauséabond aux allures d'arme de destruction massive, pendant ce temps, dans le monde, une langue meurt toutes les deux semaines. Le koro n'étant parlé que par 800 à 1 200 personnes et les korophones n'étant pas de prime jeunesse, autant dire que l'avenir du koro est derrière lui.
Sur le site du Wall Street Journal on peut entendre un homme dire, en koro, » j'ai donné cochon à homme « . Certes, ce n'est pas du Proust. Mais entendre « j'ai donné cochon à homme » en koro, c'est entendre le souffle d'une langue en voie de disparition, d'une part de notre humanité en train de tirer sa révérence.
Alors voilà, montagne, en koro, se dit « nggö » , oiseau « poh-lay » et soleil « may-nay ». Il s'agirait de ne pas l'oublier.
L'heure est à la peur. Preuve en est, le cours de l'or, valeur refuge par excellence, enchaîne les records.Peur de quoi, demanderons-nous ? Peur de tout, répondrons-nous. Peur que la crise ne soit pas finie, peur de ne plus toucher de retraite, peur des rides, peur des jeunes- délinquants naturels -, peur des vieux - délinquants potentiels pour cause de vieillesse précaire -, peur des épidémies, peur d'une bombe, peur de la guerre annoncée, peur de l'Autre.Une peur dont les Geert Wilders et autres Jimmie Aakesson, porte-parole d'une nouvelle droite européenne et extrême, qui ne fait plus le salut nazi mais n'en pense pas moins, ont fait leur fonds de commerce. Peur dont les intégristes de tout poil se goinfrent et qu'ils propagent. Peur dont certains...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut