Le flux toxique provoqué par un accident industriel en Hongrie a commencé à affecter l’écosystème de la branche principale du Danube où plusieurs poissons morts ont été découverts sur place. Attila Kisbenedek/AFP
Des équipes de nettoyage s'efforcent de réduire la toxicité de ces boues rouges, composées de résidus très corrosifs issus du raffinage de la bauxite, afin de limiter les dégâts environnementaux. À Gyor, ville du nord-ouest de la Hongrie où la Raba se jette dans le Mosoni-Danube, une écume blanche s'est formée en surface et de très nombreux poissons morts sont échoués sur les rives.
Des ambulanciers ont distribué des livrets conseillant aux riverains à ne pas pêcher et à ne pas consommer de poisson, mais également d'éviter tout contact avec l'eau.
Selon Gabor Figeczky, directeur du Fonds mondial pour la vie sauvage (WWF) en Hongrie qui s'est rendu sur les lieux en compagnie d'experts, les dégâts sont pires que prévu pour la Marcal. Les autorités tablaient sur une baisse de l'alcalinité après l'arrivée des boues dans la Raba, au cours plus important, mais le pH reste entre 9 et 10. Sur la base des estimations actuelles, la pollution « restera limitée à la Hongrie et nous avons bon espoir qu'elle atteindra Budapest avec un pH acceptable », a-t-il ajouté.
En aval du lieu de la catastrophe, le Danube passe par la Croatie, la Serbie, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie et l'Ukraine avant de se jeter dans la mer Noire. Les contrôles de qualité de l'eau ont été renforcés en Serbie, a déclaré à Reuters le vice-ministre de l'Environnement, Nebojsa Pokimica. « Nous sommes en contact permanent avec les autorités hongroises. Je peux dire que la qualité de l'eau du Danube n'a pas changé depuis le 4 octobre », a-t-il ajouté. Les autorités hongroises ont décrété l'état d'urgence mardi dans trois comtés à la suite de cette coulée de boue qui a causé la mort de quatre personnes et fait 120 blessés. La « marée rouge » a inondé trois villages, dont celui de Kolontar, après la rupture de la digue entourant le bassin de rétention de l'usine Ajkai Timfoldgyar Zrt, propriété de la société de production d'aluminium MAL Zrt. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, s'est rendu hier à Kolontar et a jugé inutile de déblayer les ruines de la partie du village qui a été ravagée par la coulée, la vie y étant désormais impossible. « C'est difficile de trouver les mots. Si cela s'était produit en pleine nuit, il n'y aurait pas un seul survivant », a-t-il déclaré aux journalistes. Il a réaffirmé que le drame était probablement dû à une erreur humaine. « C'est une catastrophe écologique sans précédent en Hongrie. Le mur (du réservoir) ne s'est pas désintégré en une minute. On aurait dû détecter le problème », a-t-il ajouté. De nombreuses personnes souffrent de brûlures et d'irritations ophtalmiques provoquées par le plomb et d'autres substances corrosives charriées par la boue, dont 700 000 mètres cubes environ se sont échappés du réservoir. Des voitures ont été emportées par le flot et des ponts endommagés. Un demi-millier d'habitants ont dû être évacués. Le gouvernement a suspendu les opérations à l'usine Ajkai Timfoldgyar Zrt, dont la direction affirme que rien ne pouvait laisser prévoir ce drame et que la dernière inspection du réservoir lundi n'avait rien révélé d'anormal. Le groupe espère pouvoir reprendre ses activités à l'usine d'Ajkai lors du week-end, avec un nouveau réservoir.

