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Liban - Coups D’Épingle

Joumblattimento en centre mineur, op. 2010

L'homme, on le sait, ne manque pas de charme, ni de charisme. On peut l'aimer ou le détester, il reste l'un des personnages les plus fascinants de la scène publique libanaise, et probablement au-delà.
Capable moralement et intellectuellement du meilleur, mais aussi, hélas, du moins bon, il représente à lui seul la quintessence du Libanais - toutes catégories confondues - dans sa complexité et ses complexes tout court, sa richesse d'esprit et ses contradictions, ses traits de génie et sa médiocrité, son ouverture et son égoïsme, sa grandeur et sa... son absence de grandeur.
Homo libanicus par excellence, Walid Joumblatt ne change pas : il s'adapte, voilà tout. N'est-ce pas là cette qualité qu'on loue en permanence chez les Libanais d'ici et d'ailleurs, cette faculté d'adaptation à toutes les situations, tous les environnements ? Voudrait-on qu'il en soit autrement pour les hommes politiques ?
Pour simplifier les choses, on dira que si le Libanais est un homme de principes, alors M. Joumblatt est un homme de principes, voire d'un seul principe : ne jamais aller contre la direction des vents. Mais, certes, les généralisations valent ce qu'elles valent et la réalité est toujours plus complexe.
Sans doute ce qu'on appelle depuis un an le « retournement » du chef du PSP a une explication autrement plus profonde et plus fournie que les motifs sommaires souvent invoqués par l'opinion, du genre « il a peur », « il est menacé physiquement », ou bien, tout simplement, « il est toujours du côté du plus fort ».
Mais d'abord, peut-on réellement parler dans son cas de « retournement » ? La question mérite d'être posée dans la mesure où l'irritation croissante que provoque le discours de M. Joumblatt chez ses anciens alliés et le public du 14 Mars en général n'a d'égale que la nervosité tout aussi croissante que ce discours suscite dans le camp adverse. Un exemple en a été fourni il y a quelques jours par le général Jamil Sayyed qui a qualifié le chef du PSP de « girouette indigne de confiance ».
Il est normal, somme toute, que dans un contexte de clivage politique radical, comme c'est le cas aujourd'hui au Liban, la recherche du centre géométrique parfait qui constitue la démarche apparente de M. Joumblatt ne soit qu'une simple vue de l'esprit.
En fait de discours politique, on sait depuis longtemps qu'il en a toute une panoplie à sa disposition. Il lui suffit de fermer un tiroir et d'ouvrir l'autre, et l'on passe ainsi de l'arabité éclairée, libérale et occidentalisée au soviétisme le plus suranné. Mais dans tous les cas, il y a chez lui cette tendance permanente à parsemer son verbiage de zones d'ombre, de contradictions, de rébus de toutes sortes qui laissent souvent l'auditeur sur sa faim quand ils ne suscitent pas carrément sa colère.
« Ah, si le tribunal n'existait pas... et pourtant ! » lançait-il la semaine dernière dans son allocution d'adieux à l'ambassadeur de Russie. Résultat des courses : match nul ! Pas tout à fait, car dans la même allocution, il fut question - une fois de plus - de l'armistice avec Israël. M. Joumblatt doit pourtant savoir que ce mot donne de l'urticaire à l'axe irano-syrien et à ses représentants au Liban, dans la mesure où l'application de l'accord d'armistice permettrait à ce pays de se passer définitivement de leurs menus services.
Plus récemment encore, il disait : « S'il faudra en arriver au vote en Conseil des ministres sur la question du financement du tribunal international, je demanderai à mes ministres de voter de manière conforme à la position que j'ai adoptée le 2 août 2009 », date de son fameux « retournement ». Qui peut prétendre avoir deviné, à partir de ces mots, dans quel sens voterait effectivement le chef du PSP ? Autrement dit, pourquoi ressent-il encore aujourd'hui le besoin d'entretenir le suspense sur la réalité de ce retournement ?
La question est d'autant plus pertinente que son entourage politique - y compris Marwan Hamadé, mais pas seulement lui - continue de se montrer généralement plus proche des vues de la majorité parlementaire.
C'est qu'au-delà du verbiage, le vrai problème qui se pose au chef du PSP, comme d'ailleurs à d'autres responsables politiques, et non des moindres, c'est qu'en l'absence à l'heure actuelle d'une marge réelle permettant à un centre crédible de se développer, il se révèle incapable de couper le dernier cordon, si ténu soit-il, qui le lie toujours à la majorité et à son chef, Saad Hariri. Demain sera peut-être différent, mais jusqu'ici, Walid Joumblatt a peut-être dit beaucoup de choses allant dans un sens bien déterminé, mais il a continué à agir dans un autre.
D'ailleurs, on peut se demander si M. Joumblatt ne trouve pas finalement son compte dans cette dichotomie. « Les deux camps s'arment, mais nous, nous resterons neutres », aurait-il dit dernièrement à des dignitaires de sa communauté. Là voilà, son obsession : ne pas laisser de nouveau entraîner la Montagne dans un éventuel conflit militaire sunnito-chiite. Si, pour cela, il faut vendre des mots, on en vendra tant qu'il faudra.
Et Walid Joumblatt n'a cure de savoir si, aux yeux de l'opinion, dichotomie ne signifie pas souvent incohérence. Après tout, une incohérence parmi tant d'autres, qu'est-ce que cela peut bien faire ?

L'homme, on le sait, ne manque pas de charme, ni de charisme. On peut l'aimer ou le détester, il reste l'un des personnages les plus fascinants de la scène publique libanaise, et probablement au-delà.Capable moralement et intellectuellement du meilleur, mais aussi, hélas, du moins bon, il représente à lui seul la quintessence du Libanais - toutes catégories confondues - dans sa complexité et ses complexes tout court, sa richesse d'esprit et ses contradictions, ses traits de génie et sa médiocrité, son ouverture et son égoïsme, sa grandeur et sa... son absence de grandeur.Homo libanicus par excellence, Walid Joumblatt ne change pas : il s'adapte, voilà tout. N'est-ce pas là cette qualité qu'on loue en permanence chez les...
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