Tout de même, cela fait pas mal de monde qui s'en va, et pas du menu fretin, non plutôt la crème de la crème. Jugez-en plutôt : Lawrence Summers, directeur du Conseil économique national, va retrouver à la fin de l'année le chemin de son université (Harvard) ; David Axelrod, conseiller politique du président, ira diriger la campagne électorale de son patron ; le secrétaire à la Défense Robert Gates et le conseiller à la sécurité nationale James Jones sont, eux aussi, en instance
de départ, tout comme - surprise ! - Rahm Emanuel, le tout-puissant secrétaire général de la Maison-Blanche surnommé Rahmbo, parti à l'assaut de la mairie de Chicago. Ces partants auront été précédés en cours d'année par, entre autres, Desiree Rogers (Sécurité sociale), Dennis Blair (Renseignements), Christina Romer (Conseil économique) et surtout Peter Orszag, directeur du Budget. Un cas à part que ce fort en thème, renvoyé à ces chères études pour s'être opposé au relèvement de l'impôt sur les revenus supérieurs à 250 000 dollars et combattu depuis par ses anciens camarades, tout comme l'avait été Steven Rattner, chargé de superviser la relance du secteur automobile, un job qu'il cumulait avec celui d'associé dans une boîte liée à Chrysler.
Il y a quelques jours, Robert Gibbs, un fidèle entre les fidèles, avait dû démentir, la main sur le cœur, les rumeurs de sa nomination à la tête du comité démocrate, en remplacement de Tim Kaine. C'est le chef de l'exécutif en personne qui avait sonné la charge, déclarant : « Il faut se secouer ; les gens doivent sortir de leur apathie et se mobiliser. » Après avoir sonné le clairon, il a voulu donner l'exemple, semant l'effroi dans les rangs de ses adjoints. C'est ainsi qu'est né le plus vaste chambardement de la décennie dans un état-major officiel. L'objectif est double : dans un premier temps, limiter les dégâts lors des midterms du 2 novembre ou sinon imprimer un ton nouveau dans les rapports avec un Congrès redevenu républicain ; dans un second temps, préparer les troupes démocrates à la campagne autrement plus décisive de la réélection, dans deux ans. D'où le choix d'une relève davantage tournée vers le dialogue, c'est-à-dire la recherche de terrains d'entente sur la réduction du déficit budgétaire, ce véritable tonneau des Danaïdes, l'immigration, l'éducation, pour sauver l'essentiel de ce qui lui tient le plus à cœur : la remise en ordre du système financier, les soins de santé, l'aide à l'enseignement universitaire.
Dans le tournant ainsi pris, il faut voir aussi la volonté de lutter contre le courant représenté par les Tea Parties, ce mouvement initié par les populistes d'une certaine droite qui ne sait que déclarer la guerre aux taxes, comme Cathon l'Ancien et son fameux « Delenda Carthago. » Le vice-président Joseph Biden a secoué le cocotier et invité les membres du parti, dans le style inimitable qui est le sien, à « cesser de pleurnicher ». L'effet a été immédiat : samedi dernier, ils étaient des dizaines de milliers à manifester en faveur du changement, celui-là même qu'ils attendent en vain depuis 2008 et pour lequel ils sont prêts aujourd'hui à donner une seconde chance à l'homme qui les avait fait pleurer d'émotion en scandant : « Yes we can. »
Et certes, ils peuvent. En face - le vide provoquant l'usure -, le Grand Old Party a perdu six points dans les sondages, Sarah Palin ne fait plus salle comble et l'étoile de Karl Rove a bien pali depuis le battage médiatique déclenché à la veille de la guerre d'Irak.
Combien seront-ils le 30 octobre à défiler sur le Mall de Washington, entre l'imposant Capitole et le non moins majestueux Mémorial d'Abraham Lincoln ? Nul pour l'heure n'oserait avancer de chiffre - des centaines de milliers peut-être, conscients de la gravité de l'heure et de l'importance de créer des emplois plutôt que de se lancer dans des guerres qui saignent à blanc le contribuable.
Eh, oui ! elle est de retour, l'exaltation qui avait électrisé la campagne électorale de 2008 et avec elle la volonté de gagner de Barack Obama, ce « killer instinct » qui fait les « winners ».
Alors, oui, la victoire pourrait être au bout du chemin. Avec ou sans Rahmbo.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef